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Full text of "Expédition de Laghouat, dirigée aux mois de mai et juin 1844"

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Marey Konge, Guillaume 
Stanislas 

expédition de Laghouat 




ISffïMfl 



DE 



LAGHOIAT, 



Dirige aux moi» de JUai et Juin 1944. 



EXPÉDITION 



DK 



LAGHOHAT, 

Dirigée aux mois de Mai et Juin 1844, 

PAR LE GÉEJÉRAZ, M ARE Y 

COMMANDANT LA SUBDIVISION DE TITTERY. 




ALGER. 

IMPRIMERIE A. BOURG ET, RUE SAINTE, i 



o: 



..;•* 



TABLE DES MATIÈRES 



>1K 



Pag. 

Note des pièces, qui étaient jointes au rapport du gé- 
néral Marey 3 

Expédition 5 

Observations générales *ur le pays 

i parcouru 17 

Rapport d\i I Description et historique des Ksars. . . 32 

général Marey. \ Organisation 52 

Question des chameaux 59 

Méharis f>2 

Résumé 64 

Prédictions laites, il y a 130 ans, par El-Hadj-Ajssa, marabout 

de Laghouat 07 

Tableau des hauteurs, depuis la mer jusqu'à Laghouat. 
Tableau des renseignements topographiques du pays par- 
couru. 
Carte du pays parcouru. 



NOTE DES PIÈCES 



QUI ETAIENT JOINTES AU RAPPORT DU GENERAL IfARET 



VoXf 



1° La carte au loomo du pays parcouru par notre colonne, clans 
l'expédition du Gebel-Sahary et de Laghouat, par M. le ca- 
pitaine Dumareix, adjudant-major au 35 e de ligne. 

2° Plans des Ksars Aïn-Madhi , Laghouat , El-Aouéta , Assafia , 
Tejmout, Ksir-el-Aïran , Zackar , Cheref, par le capitaine 
d'état-major Du Pin , chef d'état major de la colonne. 

3° Vues des mêmes Ksars , par le même. 

4° Deux dessins d'un Méhari, par le même. 

5° Itinéraire de la colonne dans l'expédition de Laghouat, avec 
toutes les indications utiles concernant la route, les bivouacs 
et les Ksars , par le même. 

G Plan du fort deTaguine, par M. le capitaine du génie Motet. 
chargé des affaires arabes à Taguine, et commandant supé- 
rieur ôi\ fort. 

7 U Traduction de la prédiction en vers, faite il y a cent trente 
ans, parle marabout de Laghouat, EI-Hadj-Aïssa, concernant 
l'arrivée des Français à Alger, Laghouat et jusqu'à l'Oued- 
el-Hamar, par le même. 

8° Rapport concernant l'histoire naturelle du Petit et du Grand- 
Désert, par M. le capitaine Ratau, 






) Rapport sur l'historique, la fortification et le mode d'attaque 
d'Aïn-Madhi, par RI. le capitaine d'artillerie Aubac , chef du 
service de son arme dans la colonne. 

10 J Rapport sur le service de l'e'quipage des dromadaires, par 
M. le commandant Carbuecia , commandant l'équipage des 
dromadaires. 

11 Observations sur la géologie et la botanique du Petit-Désert 
et du Gebel-Sahary, par M. le docteur Bonduelle, chirur- 
gien aide-major au 3 r bataillon des chasseurs d'Orléans. 

12* Rapport sur la mission d'Aïn-Madhi, par M. le lieutenant- 
colonel de Saint-Arnaud qui en était le chef. 

13° Drapeau de El-Hadj-I.arbi , kalifa d'Ab-el-Kader, tué à Ksir- 
ei-Auane, en 1843, par notre kalifa Ahmed-ben-Salem. 

14° Hauteurs des points principaux, depuis la mer jusqu'à La- 
grhouat. 



EXPÉDITION. 



Dans les mois de mars et avril 1844, notre colonne expé- 
ditionnaire forte de 1,500 hommes, avait traversé le petit 
désert et pénétré dans le Gebel Sahary jusqu'au Ksar Zackar ; 
elle était alors à cent deux lieues au sud d'Alger, à vingt- 
cinq de Laghouat et à quinze du grand désert. Elle agit di- 
rectement sur les Ouled-Naïl et par influence sur le pays de 
Laghouat. Les Ouled-Naïl se soumirent et reçurent une orga- 
nisation presque complète. Les Larbas-Cheragas , qui étaient 
venus dans le Tell du Tittery en 1843 et avaient été organi- 
sés , envoyèrent leurs trois kaïds qui amenèrent leurs chevaux 
de gada et reçurent de nouveaux burnous d'investiture. La- 
ghouat et la Confédération des Ksars envoyèrent une députa- 
tion qui amena les chevaux de soumission , et dont le chef. 



— G — 

Yaya-ben-Salem , homme considérable, livre du chef de La- 
ghouat , fil une proposition très-grave : il s'agissait de nom- 
mer Ahmet-ben-Salem , kalifa , pour quil régît au nom de la 
France Laghouat , les cinq Ksars voisins , les Larbas , les 
Aradhlias et même les Beni-Mezab. Ce projet me parut d'un 
haut intérêt et mériter d'être mis à exécution ; j'envoyai Yaya 
à Alger avec mon rapport. M. le Gouverneur approuva la 
proposition ; il fallait aller sur les lieux pour soumettre et or- 
ganiser ce pays entièrement neuf. Celle mission était le but de 
l'opération que nous avons accomplie, et dont j'ai l'honneur 
de rendre un compte détaillé. 

Le 12 avril, je reçus l'ordre de préparer l'expédition. Nous 
devions aller à cent dix-huit lieues au sud d'Alger, à quatre- 
vingt-seize de Médéah, à quatre-vingts de Boghar, à cinquante 
àe Taguine , quarante jours de vivres étaient nécessaires à 
partir de Boghar, nous étions sur notre terrain jusqu'à Ta- 
guine ; il convenait d'établir à ce dernier point un dépôt for- 
tifié pour y laisser les vivres du retour ainsi que les éclopés ; 
pour diminuer d'autant les embarras et les dépenses de notre 
convoi , ainsi que pour assurer les communications. Les trou- 
pes attendues de Blidah et de Bouffarick étaient à Médéah le 
24 avril ; les vivres furent transportés par des mulets de ré- 
quisition de Blidah et de Médéah à Boghar , où les chameaux 
de réquisition devaient les prendre. La cavalerie des tribus 
fut convoquée pour nous rallier de Boghar à Taguine. Je ne 
voulus que 140 chasseurs ou spahis et 400 cavaliers arabes , 
d'abord pour amoindrir le convoi , qui néanmoins fut très- 
grand et constitua un notable embarras , ensuite parce que 
nous devions agir principalement sur des Ksars et non sur 
des tribus. — L'emploi des chameaux était inévitable , car 
chaque mulet , en ne lui donnant que 3 kilos par jour , n'eût 
pu porter que ses rations , faisant pour quarante jours 120 
kilos. — Des pluies fortes et continuelles contrarièrent beau- 
coup ces préparatifs, elles durèrent jusqu'à Laghouat , mais 



avec cette différence d'effet , que jusqu'au Nahr-Ouassel, à 
deux marches au-delà de Boghar , elles étaient un grand in- 
convénient , et qu'ensuite elles furent très-utiles en entrete- 
nant le vert , comme aussi en substituant à la chaleur un 
froid , qui fut parfois très-vif. 

Les troupes , prêtes le 27 avril , partirent de Médéah le 
l or mai , dès que le Chéliff fut guéable ; elles ne l'eurent 
pas plutôt traversé, le 3, que aes tempêtes furieuses écla- 
tèrent ; nos vivres durent être revus plusieurs fois , une 
partie notable s'était avariée et dut être changée. Je fis 
venir en grande hâte de Médéah vingt mille rations de riz- 
pain. Enfin , le 10 , les derniers chameaux ayant pu passer 
le Chéliff, nous partîmes et arrivâmes le 14 à Taguine. 

Là est un reste de Ksar bâti il y a trente ans , sur une 
hauteur dominant les marais , et abandonné depuis , à cause 
de son insalubrité. Deux jours furent nécessaires pour le 
mettre à l'abri d'une attaque , on y établit quatre bastions , 
un réduit en pierres sèches , un réduit de réduit fait en 
caisses de biscuit et sacs d'orge ; une caponnière menait à 
un puits creusé dans le bas. J'y laissai une ample quan- 
tité de bois coupé à trois lieues de là , cent cinquante 
outres pleines d'eau , des munitions , une ambulance et 
cent cinquante hommes en tout , sous le commandement 
du capitaine du génie Motet. Les Rahman , Ouled Chaïb, 
Bou Aïch placèrent aux environs leurs nombreux Douars. 
Les chevaux et mulets malades furent mis en pension chez 
les Bou Aïch. Deux cent cinquante-sept chameaux de- 
venus inutiles furent licenciés. A partir de Taguine, on ne 
pouvait plus licencier que ceux des Ouled Naïl'qui furent 
gardés à cet effet. 

Le 17 , en partant de Taguine , la colonne présentait 
deux mille huit cents hommes et mille sept cents animaux 
ainsi répartis : 1,700 soldats d'infanterie-, 140 cavaliers ré- 
guliers ; 2 pièces de montagne avec 80 coups chacune ; 30 



— S — 

artilleurs avec fusils de rempart , le train , l'équipage des 
dromadaires, etc ; en tout, 2,100 hommes de troupe, puis 
400 cavaliers du goum , 300 Arabes attachés à divers services 
et 1,400 bêtes de somme. Nous avions vingt-et-un jours de 
vivres sur les chameaux , six dans les sacs , 72,000 cartou- 
ches de réserve et 60 dans chaque giberne. Je laissai à Ta- 
guine , huit jours de vivres. 

Le 18 , nous entrâmes dans le Gebel-Amour, nous n'en 
sortîmes que le 21 , en arrivant àTejmout , où je trouvai 
réunis le kalifa et les chefs principaux ; Tedjini ne vint pas , 
mais envoya plusieurs des principaux d'Aïn-Madhi , un 
cheval et une lettre de soumission. Je déployai avant 
d'entrer au bivouac notre colonne sur les plateaux qui pré- 
cèdent; elle présentait ainsi un développement considéra- 
ble , qui donna confiance aux nôtres et inspira la crainte 
aux émissaires qui venaient nous observer. La vue du 
Ksar et surtout des magnifiques et nombreux palmiers qui 
V entourent excita dans toute notre troupe un vif mouve- 
ment de satisfaction. 

Le 22, pendant le séjour, j'envoyai à Aïn-Madhi , M. lo 
lieutenant-colonel de Saint- Arnaud , avec douze officiers , 
des chasseurs , deux cents cavaliers du goum , le kalifa et 
les chefs des Larbas , pour examiner la ville , en lever 
le plan et faire un acte ostensible constatant la soumission 
de Tedjini. Ils furent très-bien accueillis, virent tout dans 
le plus grand détail et rentrèrent le même jour. M. le 
lieutenant-colonel de Saint-Arnaud agit et parla en maître à 
Aïn-Madhi ; les habitants le traitèrent comme tel ; il montra 
beaucoup de dignité et de tact dans cette mission délicate 
et capitale. Le plan de la ville, le mode d'attaque furent 
établis par les officiers compétents. Il était probable qu'une 
action vigoureuse pouvait nous rendre maîtres de la place, 
la composition des troupes de la colonne étant excellente , 
mais qu'il en coûterait au moins cent-cinquante tués ou 



_ 9 — 

blessés. Le kalifa étant à Ain-Madhi, prescrivit à Tedjini 
de payer le lendemain 2,000 boudjous d'impôts. 

Le 23 , nous allâmes à Aouéta , à sept lieues sud-ouest de 
ïejmout et à six lieues au sud d'Aïn-Madhi. J'étais ainsi en 
mesure d'agir sur cette dernière ville , s'il y avait lieu ; de 
plus j'intimidais le ksar Tégérouna et les Ouled Yacoub , qui 
sont insoumis. Tedjini envoya là en effets d'habillement le 
montant de son impôt. Je le lui renvoyai intégralement; il 
m'écrivit alors en termes reconnaissants et dévoués , et m'en- 
voya six quintaux de dattes , qui m'arrivèrent à Laghouat et 
furent remis au goum. — Aouéta paya sa contribution. — Les 
Ouled Yacoub s'enfuirent à six marches à l'ouest. — La ville 
de Tégérouna envoya son cheval de soumission , mais sa dé- 
putation arriva à Aouéta le lendemain après notre départ , et 
retourna sur ses pas. Tégérouna n'étant pas du cercle du ka- 
lifa ; je m'étais abstenu d'écrire aux habitants. 

L'affaire d'Aïn-Madhi était très-délicate et importante , ma 
détermination a été basée sur les considérations suivantes : 
Tedjini a toujours montré de l'éloignement pour exercer 
le pouvoir ; il n'aspire qu'à jouir sûrement et paisiblement 
des avantages de sa position privée comme chérif très-riche , 
très-pieux et très-vénéré ; il est très-utile au pays , parce que 
sa moralité et la force de sa ville font considérer comme à 
l'abri de toute chance de perîe les nombreux dépôts qu'il re- 
çoit, parce qu'il empêche souvent, par son influence , les guer- 
res des tribus , parce qu'il exerce une très-noble hospitalité 
envers tous les voyageurs et qu'il traite même les malades 
dans un hôpital assez bien organisé. Le pays a confiance dans 
son jugement et sa sainteté ; l'opinion de Tedjini est adoptée 
par la masse. Les populations se sont plusieurs fois sacrifiées 
pour lui et d'autres membres de sa famille. Pour être bien 
vu du pays, il fallait bien traiter Tedjini. Abd-el-Kader l'avait 
maltraité ; Tedjini faisait valoir que c'était à cause de nous; il 
était politique de montrer que ce chérif, ennemi de l'émir, était 



— 10 — 
le sujet , l'ami des chrétiens. — Tedjini a une spécialité origi- 
nale ; il n'a jamais voulu voir un chef étranger ; jamais il ne 
s'est présenté à un bey , ni à Abd-el-Kader, ni dans le Maroc, 
à l'empereur ou à ses agents supérieurs , ni en allant à la Mec- 
que , aux souverains de Tunis , de Tripoli , de l'Egypte , etc. 
— L'opinion publique était que nous venions prendre Ain- 
Madhi , Tedjini en était très-effrayé ; il était évidemment 
disposé à fuir , car il n'avait rien fait pour se défendre et 
n'avait avec lui que les 80 combattants armés de la ville ; il 
savait qu'il n'avait résisté à Abd-el-Kader que par l'appui 
d'Ahmet ben Salem. — Il se montrait tout à fait soumis au ka- 
lifa et à nous. — Dans cette position, plusieurs partis se pré- 
sentaient. — Si nous allions devant Aïn-Madhi , la chance 
probable était que Tedjini fuirait, ce qui serait d'un très-mau- 
vais effet ; si au lieu de fuir Tedjini fermait ses portes , un as- 
saut ou un système d'intimidation devenait nécessaire ; cela 
pouvait ne pas réussir, et alors notre colonne était frappée de 
déconsidération dès le début ; dans le cas même du succès 
militaire , notre position politique dans le pays en aurait reçu 
une atteinte très-grave. — Se contenter de la soumission de 
Tedjini, manifestée par sa lettre, son cheval de gada et les 
paroles de ses envoyés , ne pas en obtenir une preuve écla- 
tante aux yeux des Français et des indigènes, de plus ne pas 
apprécier la force d' Aïn-Madhi , semblaient un résultat in- 
complet. — Le terme moyen à adopter me parut celui-ci : ne 
pas aller de suite avec la colonne à Aïn-Madhi ; ne pas exiger 
la venue de Tedjini devant moi ; envoyer à Aïn-Madhi des 
officiers qui pussent bien reconnaître la place et qui y fe- 
raient acte d'autorité devant nos chefs indigènes ; fixer un 
impôt à payer immédiatement ; aller à Aouéta , qui n'éloigne 
pas d' Aïn-Madhi ; puis, si tous les ordres donnés à Tedjini en 
ce sens étaient exécutés de bonne grâce . le très-bien traiter 
et le délivrer de toute crainte de notre approche ; sinon, aller 
à Aïn-Madhi avec la connaissance parfaite de la localité. 



— il — 

Ce parti, fort approuvé par le kalifa, réussit complètement» 
11 devint évident pour tous , dune part, que Tedjini était un 
sujet non-seulement soumis et obéissant, mais encore témoi- 
gnant son respect , sa reconnaissance et même son dévoue- 
ment à l'autorité française ; d'autre part, que nous étions pour 
lui des maîtres pouvant lui faire plus de mal que l'Émir, mais 
ne lui montrant que de la bienveillance et une très-grande 
considération. Tous les intérêts français et indigènes étaient 
ainsi satisfaits. 

Le 24, nous bivouaquâmes à Recheg, sur l'Oued Mzi, qui 
passe à Tejmout et Laghouat. Le 25 , nous étions devant ce 
dernier Ksar, où nous séjournâmes le 26 et le 27. Nous fû- 
mes très-bien accueillis à Laghouat. Cinq à six cents fantassins 
armés vinrent au-devant de nous, tirant des coups de fusil en 
notre honneur ; le drapeau et la musique du kalifa m'accompa- 
gnèrent ; les principaux habitants se présentèrent ; on apporta 
comme difa, chaque jour, des dattes et quarante plats de 
couscous , qui furent remis au goum ; un marché fut établi 
comme à Tejmout dans le camp ; une garde de police fut ins- 
tallée pendant le jour dans la ville, où se rendirent successi- 
vement et par petites troupes de permissionnaires presque 
tous les officiers et soldats de la colonne ; on y acheta beau- 
coup de provisions, des étoffes, des plumes d'autruches, etc. 
L'organisation et le paiement de l'impôt s'effectuaient pro- 
gressivement et sans obstacle. Le 28 nous fîmes la grand'halte 
au Ksar Assafia et bivouaquâmes à Reg, près du Ksar Ksir- 
el-Aïrane, à 5 lieues sud-est de Laghouat. Le 29 nous y fîmes 
séjour. L'accueil qu'on nous lit fut très-bon. 

Dans cette marche, depuis Taguine, nous avions longé le 
terrain des Ouled-Naïl, et le kalifa de notre agha profitait de 
l'influence de notre colonne pour recueillir la zeckat de cette 
tribu. Nous étions alors au sud de leur territoire , a deux 
marches des Ksars Messad et Demmed, que je n'avais pas vus, 
et à une marche de Boudrine ; là étaient de beaux champs 



— 12 — 

de Mé semé par une fraction des Yaya-Ben Salem qui , se 
tenant toujours dans le grand désert, n'avait fait de soumissions 
dans aucun temps , ni aux Turcs , ni à Abd-el-Kader. Nous 
allâmes le 30 à Boudrine ; les Ksars Messad et Demmed en- 
voyèrent là leurs chevaux de gada. Le chef des Larbas et 
l'agha des Ouled Naïl répondirent de la soumission ultérieure 
de la tribu à qui étaient les blés et qui, en ce moment, campait 
encore près de Tougourt ; puis, de plus, du paiement de mille 
boudjous pour notre achour sur les champs , qui furent 
respectés. 

Ayant fait une reconnaissance à une lieue et demie au sud 
de Boudrine , nous vîmes à deux lieues de nous l'embouchure 
dans le Djeddi de l'Oued-el-Heumar. Le Djeddi est la conti- 
nuation du Mzi ; il coule souterrainement et ne se manifeste 
que par un thalweg et des arbres. L'Oued-el-Heumar vient 
de l'ouest ; c'est un torrent impétueux entraînant tout pen- 
dant les pluies , il est à sec immédiatement après. A l'em- 
bouchure de l'Oued-el-Heumar dans le Djeddi, se trouve une 
source, et à côté, sur une éminence, les ruines, que je dis- 
tinguai très-bien , d'une grande ville, qui paraît d'origine 
romaine. Les chefs arabes me dirent qu'il y existe des inscrip- 
tions de notre écriture. El Hadj Aïssa, marabout de Laghouat, 
prédit, il y a 130 ans, que les Français prendraient Alger ; 
viendraient à Laghouat et pousseraient jusqu'à l'Oued-el- 
Heumar. Son descendant me récita la prédiction dont la tra- 
duction est ci-jointe. Notre arrivée dans le pays et jusqu'à 
Boudrine était prévue et ajouta à la considération très- 
grande de l'auteur de la prédiction. 

Nous étions alors au terme de notre itinéraire , à cent- 
ving-huit lieues d'Alger et à onze au-delà de Laghouat ; ja- 
mais aucune colonne turque n'avait dépassé Laghouat , et 
plusieurs beys y avaient été battus ; Abd-el-Kader n'y était 
pas allé et le bataillon qu'il y envoya y fut détruit ; notre 
goum considérait avec raison notre présence aussi loin et 



— 13 — 

sans attaque, comme la preuve d'une très-grande force. Au- 
cun intérêt ne nous appelait plus loin; la chaleur devenait 
très-forte, les eaux et le vert diminuaient. Je pouvais revenir 
par les Ouled-Naïl, mais alors inévitablement notre camp eût 
causé une grande perturbation dans cette tribu, qui n'eût pas 
encore eu assez de confiance en nous pour ne pas fuir. Je pré- 
férai reprendre la route d'arrivée, où j'étais sûr de trouver de 
l'eau et généralement du bois et du vert ; de plus, j'étais pré- 
venu depuis six jours que les Ouled-Sidi-Chikh avaient prêché 
la guerre-sainte, que le Maroc soutenait Abd-el-Kader avec 
de fortes troupes. Tedjini me confirma en ce moment ces ren- 
seignements utiles et vrais ; enfin je savais que les événements 
de l'ouest avaient fait diriger sur Tiaret la colonne de M. le 
colonel Eynard, qui, autrement, devait agir sur le Gebel- 
Amour. Il me parut convenable de donner au nouveau gouver- 
nement du kalifa un appui spécial dans cette circonstance fâ- 
cheuse pour notre influence, comme aussi de revoir et com- 
pléter ce qui avait été fait. Le 31 nous revînmes à Reg, où les 
mares du Mzi commençaient à se dessécher. La chaleur fut 
très-forte, le thermomètre marquait 40 degrés à l'ombre. Le 
1 er juin nous étions à Laghouat. J'y reçus une lettre de M. le 
général de Bar, commandant la division d'Alger, datée d'Al- 
gerle23mai, par laquelle il m'annonçait les préparatifs de 
guerre du Maroc et me mandait de hâter mon retour. 

Le kalifa, qui avait détruit la garnison d' Abd-el-Kader, 
avait pris un canon que j'ai vu ; si les circonstances n'eussent 
pas été menaçantes, j'aurais pu ramener cette pièce; mais il 
me parut qu'il fallait la lui laisser, non-seulement pour ne pas 
ajouter aux difficultés de sa position par un acte de défiance, 
mais encore pour lui conserver, le cas échéant, l'avantage 
moral et physique tenant à l'emploi de l'artillerie. 

Le 2, nous étions à Tejmout ; cette marche de huit lieues , 
en grande partie sur le sable, fut très-pénible. Là nous ter- 
minâmes tout ce qui concernait l'administration du pays et je 



— 14 — 
donnai congé au kalifa, ainsi qu'à tous les autres chefs. Je re- 
çus ce même jour la première lettre de M. le Gouverneur, 
datée de Dellys, le 23 mai, et me mandant de me rendre au 
plus tôt à Tiaret, par suite de la guerre du Maroc. Les jours 
suivants, je reçus successivement quatre copies de cette lettre. 

Le 3 , nous passâmes le défilé de Debdeba et celui de 
Kourfa. Aucun chef du Gebel-Amour n'était venu et personne 
ne savait ce qui s'y passerait. Je ne pénétrai dans ces monta- 
gnes qu'avec une grande réserve et en faisant reconnaître le 
pays très au loin par le goum ; car il était clair que si je devais 
être attaqué, l'endroit le plus favorable à l'ennemi était le 
terrain assez accidenté du Gebel-Amour, depuis l'entrée jus- 
qu'à Macta-Sidi-Bousied; les montagnes y présentent plu- 
sieurs longs défilés, où l'on ne peut passer que par un, et qui 
devaient beaucoup allonger notre colonne avec son convoi de 
1 ,400 bêtes de somme. C'est pourquoi je poussai par une mar- 
che de 8 lieues jusqu'à l'Oued-Zierek. Le service de nuit fut 
fortement organisé. 

Le 4, nous étions à Macta-Sidi-Bousied. Le chef du Ksar 
Zenina des Ouled-Naïl vint à notre camp et me dit que tout 
était tranquille dans ses environs. Le Ksar Sidi Bousied du 
Gebel-Amour n'envoya personne, quoique nous fussions con- 
tre ses blés. 

Le 5, nous étions à Mkraoula en plaine et hors de toute 
chance difficile. Le 6, nous arrivâmes à Taguine, où chacun 
se considérait comme plus en sûreté qu'on ne croyait être dans 
la Mitidja il y a quelques années. Nous avions treize hommes à 
l'ambulance dont six pour maux de pied. Je trouvai la garni- 
son de Taguine en très-bon état. Le 7, nous fîmes séjour ; la 
colonne d'évacuation sur Boghar fut organisée. Le 8, nous 
partîmes pour Tiaret, et en même temps partirent pour Bo- 
ghar une centaine d'hommes et d'animaux, les effets inutiles , 
les chameaux déchargés et le goum du Tell. Tous les cent 
hommes étaient montés sur des chameaux: ils arrivèrent à 



— 15 — 

Boghar en trois jours et sans incident malgré cette marche de 
30 lieues. 

Le 9, nous partîmes du bivouac des Magronat et fûmes à 
celui de Gougila, le 10 à Zarett, et le 11 nous arrivâmes à 
Tiaret ; nous n'avions qu'un malade à l'ambulance; la chaleur 
était très-forte et se maintint telle ; il s'y joignit un autre in- 
convénient très-grand, celui des taons, qui sont là susceptibles 
de tueries animaux. Nous parvînmes, après quelques essais, à 
nous en parer suffisamment. Les chevaux et mulets en souf- 
frirent cependant ; il fallut réunir les chameaux de neuf heu- 
res à quatre heures et les entourer de feux dont la fumée 
chasse ces insectes. 

Partis de Boghar le 10 mai, nous avions fait 170 lieues en 
trente-deux jours, et 80 lieues de Boudrine à Tiaret en douze 
jours. Nous avions eu des marches pénibles par la chaleur, les 
sables, la pénurie ou la mauvaise qualité des eaux. Nous n'a- 
vons cependant perdu ni un homme, ni un cheval, ni un mu- 
let ; deux chameaux seulement périrent. Nous n'avons rien 
laissé en arrière. Il n'y a pas eu un accident, ni un vol de fu- 
sils, excepté à Zarett, dans la nuit qui précéda notre arrivée 
à Tiaret ; là les Harars volèrent deux armes et blessèrent un 
soldat ( cette tribu nous a remis depuis la valeur des deux fu- 
sils et a payé une forte amende à cette occasion). Il n'y a pas 
eu de maladies graves. Il n'a pas été porté une seule plainte 
contre nos soldats. Leur discipline a fait l'admiration de tout 
le pays, qui avait toujours vu les camps des beys et d'Abd-el- 
Kader, piller les moissons, les jardins et tous les gens qui ne 
pouvaient se défendre. 

A Aouéta, notre bivouac était contre les murs délabrés des 
jardins, où se trouvaient des arbres, des légumes, de l'orge et 
du blé mûr ; on manquait de bois et de vert, cependant les 
propriétés furent complètement respectées. L'impression lais- 
sée dans le pays par notre opération a été certainement celle 
d'une organisation sociale et militaire supérieure, avant une 



— 16 — 

grande puissance d'ordre et de discipline envers nos sujets, de- 
vant être très à craindre pour nos ennemis, inspirant une 
grande confiance en la parole donnée et agissant non dans un 
but froissant, mais dans le sens de l'intérêt général du pays 

A Tejmout, où nous parûmes d'abord, chacun voulait s'é- 
loigner. Il fallut toute l'autorité du kalifa pour rassurer ; mais 
quand on vit que nous respections les propriétés, que personne 
n'était maltraité, que tout était exactement payé, que nous 
avions une mission, non de destruction mais d'ordre et d'or- 
ganisation, personne ne songea à fuir ; nous trouvâmes par- 
tout une grande confiance et on fit même à nos soldats un 
accueil cordial que je n'avais encore observé nulle part en 
Algérie. 

Suivant les instructions de M. le Gouverneur, il y avait au 
bivouac , près de ma tente, deux compagnies d'élite ; les grand- 
gardes étaient placées assez loin, les petits postes étaient sans 
tentes et sans feux, les grand-gardes les relevaient à minuit. 
Ainsi les attaques de nuit eussent pu difficilement réussir. 

J'ai fait prendre à Kourfa, 4,000 sangsues , on aurait pu 
en avoir 100,000 ; j'ai fait essayer de les conserver par la mé- 
thode que j'avais vu employer pour le transport en France 
des sangsues de Hongrie. Cela a très-bien réussi et a été utile ; 
une simple caisse de biscuit a suffi à cet effet. Les sangsues 
étaient placées sur de l'herbe étendue sur des compartiments 
horisontaux ; on jetait de l'eau sur la caisse quatre ou cinq 
fois par jour ; elles ont fait ainsi soixante-six jours de route 
sans en souffrir. 



^2>S 



OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR LE PAYS PARCOURU, 



mfà 



Le pays , depuis la mer jusqu'au Grand-Désert, présente 
six climats très-distincts; la Mitidja, terrain chaud, bas, hu- 
mide; l'Atlas, qui a vingt-cinq lieues de largeur, dont les 
sommets s'élèvent à 1,600 mètres au-dessus de la mer, dont 
le climat est celui du midi de la France, et qui finit à Boghar; 
le Petit-Désert, terrain élevé et peu arrosé; puis la chaîne du 
Gebel-Amour et du Gebel-Sahary, qui a vingt-cinq lieues 
de largeur et et une hauteur analogue à celle des Vosges. 
Vient ensuite la partie nord du bassin du Mzi, présentant une 
série de chaînes de hauteurs abruptes; le terrain y est aride, 
la chaleur forte. Enfin, après Laghouat vient le Grand-Dé- 
sert, où l'eau est très-rare et où, du moins à une grande dis- 
tance , le pays est très-plat. 



— 18 — 

Les céréales poussent sans irrigations, de la mer jusqu'à qua- 
tre lieues au sud de Boghar. A partir de là, elles exigent de 
leau, sauf dans quelques parties hautes ou humides. Il est 
probable que l'usage des irrigations introduit par les Arabes 
en Espagne, tient à ce que ces conquérants ont employé là les 
habitudes de culture indispensables dans le désert qui était 
leur élément. 

Dans la Mitidja poussent l'aloès, le palmier, le figuier de 
Barbarie, l'oranger, qui ne réussissent pas dans l'Atlas. Les 
arbres de l'Atlas sont ceux du midi de la France : l'orme, le 
chêne- vert, le pin, le thuya, le cyprès, etc. Les arbres du 
désert sont le lentisque et le genévrier qui atteignent une 
hauteur de dix mètres, le garoubier, le tamaris dans les par- 
ties humides; puis, dans les jardins des Ksars, presque tous 
les arbres fruitiers de France et d'Alger. Les arbres du Ge- 
bel-Amour et du Gebel-Sahari, sont : le lentisque, le thuya, 
le cyprès, le pin; et dans les parties hautes, le chêne-vert. Les 
palmiers sont improductifs dans la Mitidja, ne se rencontrent 
pas dans l'Atlas, le Petit-Désert, ni le Gebel-Amour; ils ne 
reparaissent qu'au sud de cette chaîne, et alors y donnent des 
fruits abondants. A partir de cette limite, le blé et l'orge sont 
des denrées rares et chères. La datte est la base de la nourri- 
ture. Les végétaux, les minéraux, les reptiles, les insectes, 
les oiseaux, la nature entière ont un caractère particulier, 
comme les mœurs des habitants; c'est le type de l'Afrique 
centrale. 

Dans le grand et le Petit-Désert, les parties élevées ne pré- 
sentent presque que le roc; dans les parties inférieures, au 
contraire, il y aune très-épaisse couche de terre végétale qui 
paraît très-bonne. 

Le Petit-Désert présentait une immense quantité d'herbes 
fourragères excellentes en mai et juin; on en trouvait moins 
au Gebel- Amour. Il n'y en avait dans le Grand-Désert qu'à 
certains endroits humides. Partout l'alfa existait en abon- 



— 19 — 

dance. L'aspect général du pays était celui d'une grande prai- 
rie d'alfa. A la fin de juin, l'herbe et l'alfa se dessèchent; les 
troupeaux les mangent alors comme du foin. La verdure 
revient aux premières pluies, en novembre. 

Nous avons trouvé dans tout le Désert une très-grande 
quantité de truffes; elles sont blanches et sans grande saveur, 
c'est un manger recherché et sain, et même un objet de com- 
merce. Elles se conservent étant desséchées. 

Le lion et la panthère, qui sont assez communs dans les 
montagnes boisées de l'Atlas, n'existent ni dans le petit, ni 
dans le Grand-Désert. A partir de Taguine commence à 
paraître l'autruche, une antilope de grande espèce analogue 
au renne et appelée louache par les Arabes, et un mouflon 
nommé aouari, qui est fauve, de la forme du chamois, mais 
avec de très grands poils sous le col et sur le poitrail. Nous 
avons vu dans le Grand-Désert beaucoup de vipères à cornes 
qui sont très-dangereuses et des lézards de près d'un mètre 
de longueur avec la queue plate et dentelée. Les plus grands 
serpents que nous ayons vus n'avaient pas plus de 2 mètres 50 
de longueur. On parle cependant de boas qui existeraient 
dans certaines localités difficiles, mais personne ne m'a dit en 
avoir vu. On prétend aussi qu'il y a des serpents à deux têtes, 
ils sont, dit-on, communs à Zarhz, mais, malgré la promesse 
d'une bonne somme, personne n'a pu m'en apporter. 

Quand le vent de mer s'élève de la Mitidja sur l'Atlas, il se 
refroidit et dépose son humidité sous la forme de brouillards, 
nuages, pluie ou neige; en retombant sur le Petit-Désert, il 
reprend de la chaleur, les nuages se dissipent, Les mêmes 
causes produisent les mêmes effets quand le vent passe du 
Petit-Désert sur la chaîne du Gebel- Amour et du Gebel-Sa- 
hari, puis redescend sur le Grand-Désert. Aussi, au-dessus de 
la Mitidja, le ciel est souvent serein quand l'Atlas est dans les 
nuages. Dans le Petit-Désert, on voit souvent un temps ma- 
gnifique et en même temps des nuages ou la pluie sur l'Atlas 



— 20 — 

et le Gebel-Amour. Enfin quand nous étions à la ligne de 
partage des eaux du Gebel-Amour, nous avions de la pluie, 
elle ciel était parfaitement pur dans le petitet le Grand-Déseri . 

Les vents qui amènent la pluie en dorment beaucoup moins 
au Désert qu'aux montagnes élevées. Le Désert est donc sec, 
parce qu'il est élevé et ne reçoit guère d'eau du ciel que pen- 
dant l'hiver. Alors elle tombe par torrents comme dans tout 
le sud. Les montagnes ont plus de pluie, plus de nuages, plus 
de fraîcheur, l'herbe s'y maintient plus longtemps. La neige 
tombe chaque hiver dans l'Atlas e t le Gebel-Amour; elle s'y 
maintient pendant plusieurs semaines. Nous en avons vu au 
mois de mai au Gebel-Sahari. Il en tombe peu dans la Mitidja, 
le Petit-Désert et le Grand-Désert; elle y fond presque aussitôt. 

La bonne saison, pour opérer dans le sud, est l'hiver et le 
printemps, parce qu'alors il y a peu de chaleur, de l'eau et du 
vert. Il y a lieu de prendre en considération que le Grand- 
Désert présente parfois des inondations subites, qui sont très- 
dangereuses dans un pays plat et pourraient emporter une 
armée. Peu de jours avant notre arrivée à Laghouat, plu- 
sieurs douars arabes avaient péri par cette cause. 

Les sables que nous vîmes dans le Désert sont partout de 
même nature, c'est comme du grès jaune-rougeâtre pilé. Ils 
commencent vers Taguine; la couche en est plus forte à Zahrz, 
au Gebel-Sahari et au Gebel-Amour et encore plus au-delà. 
Dans les parties hautes ou très-inclinées il y en a peu, mais il 
s'amoncèle dans les parties basses, dans les ravins, lits de ri- 
vière et contre les obstacles qui sont exposés au sud. Près de 
Laghouat sont quelques montagnes abruptes ; il y a du côté du 
sud, du sable qui s'élève très-haut, il n'y en a pas des autres 
côtés Ces sables ne sont probablement pas venus du terrain 
même, mais ont été amenés successivement avec les siècles par 
les vents du sud. 

Le sable jaune-rougeâtre qui saupoudre tout le pays, donne 
une teinte toute spéciale au paysage et même au ciel près de 



— 21 — 

\ horison quand il règne un fort vent, surtout du Midi. Il occa- 
sionne des maladies d'yeux et pénètre partout. Mais son effet 
le plus fâcheux est relatif aux cours d'eau. En effet , le sable 
que le vent porte dans les creux y reste ; celui qui est sur les 
autres points est en partie entraîné l'hiver par les eaux et 
arrive dans les parties basses. Par suite, les lits des rivières 
en sont encombrés. Les sources coulent tant qu'elles ont pu 
entraîner les sables qui sont sur le terrain dur ; dès que les 
ruisseaux arrivent aux masses de sable, ils disparaissent. Si 
le fond du lit se relève de manière que la couche de sable soit 
très mince, le ruisseau reparaît. Ainsi les sources d'Aouéta et 
d'Assafia ne dépassent pas de 50 mètres les jardins sans se 
perdre dans les sables. L'Oued-Mzi présente au-dessus de 
Tejmout une belle, bonne et abondante eau qui se répand sur 
un large lit de sable ; il disparaît peu après, reparaît à Recheg, 
disparaît encore, reparaît encore au-dessus de Laghouat et 
disparaît ensuite pour toujours. On n'y trouve plus d'eau à 
Ksir el Airane qu'au moyen de puits de trois à quatre mètres 
de profondeur. Le lit du ruisseau ne Se reconnaît que par le 
courant de l'eau dans les inondations et par l'humidité du 
sol qui donne lieu à de l'herbe et à des arbres. Les sables de 
rOued-Mzi sont très-dangereux ; ils engloutissent les cava- 
liers qui les passent sans connaître les bons endroits. 

Les pluies de l'hiver donnent lieu dans les montagnes, à des 
torrents qui entraînent les sables jetés chaque année dans leur 
lit, puis à des rivières à pente douce dont le lit est large, en- 
sablé, peu encaissé et fait couler l'eau souterrainement. 

Quand l'Oued-Mzi déborde, il laisse un limon favorable à 
la végétation, aux champs et a l'herbe. Cette année il a dé- 
bordé trois fois, ce qui a beaucoup contribué au bon entretien 
de nos chevaux. 

Les terrains que nous avons vus présentent six bassins, sa- 
voir : 1° celui du Chélif, limité au nord par l'Atlas, à l'ouest 
par les plateaux élevés qui vont de Tiaret au Gebel-Amour, 



— 22 — 

ru sud par le Gebel-Amour et la cliaîue du Meksem, à lest 
par la ligne de séparation des eaux qui va du Meksem à l'At- 
las. Toutes les eaux de ce terrain, qui a cinquante lieues de 
long et autant de large, aboutissent au ChéliffàBoghar. 2° A 
l'ouest de Tiaret, prennent leur source la Mina et autres ri- 
vières traversant le Tell d'Oran. 3° Au nord de cette crête 
et à louest de la ligne de Tiaret au Gebel-Amour est le bassin 
des Chotts, du désert d'Oran, qui sont de grands lacs salés. 
k° A Test de la ligne du Meksem à l'Atlas, au nord duGebel- 
Sabari, et au sud de l'Atlas, les eaux se rendent au lac salé 
de Bousâda. 5 e Entre le Meksem et le Gebel Sahari, se trouve 
le lac salé de Zarbz, chez les Ouled Naïl. 6° Au sud du Gebel 
Amour et du Gebel Sabari, est le bassin de l'oued Mzi, qui 
aboutit à un lac salé de la régence de Tunis , en passant 
près de Biskara. 

Les plateaux à l'ouest du Petit-Désert sont fort élevés et s'abais- 
S9nt sans pente vive jusque vers Boghar. Les bauls plateaux 
au sud et à l'ouest du Grand-Désert sont au moins aussi élevés 
que ceux du Petit-Désert, ils s'abaissent en pente douce jusqu'à 
l'oued Mzi et avec lui jusqu'à Biscara et au lac salé Milrhir. 

Les hauteurs au-dessus de la mer peuvent être estimées 
approximativement ainsi : Mitidja , 150 mètres ; Atlas , 
moyennement 900; Petit - Désert , partie inférieure, 650; 
hauts plateaux 900 ; lac de Zarbz , 700 ; Grand-Désert , par- 
tie inférieure du Mzi à Biskara , 75 ; vers Laghouat , 850 ; 
hauts plateaux, 900. (Voir à la fin le tableau général des hau- 
teurs observées.) 

Dans le Petit-Désert se trouvent plusieurs groupes de peti- 
tes montagnes sans liaison entre elles. Quant à la partie du 
Grand-Désert , que nous avons vue , elle est complètement 
plate. Les Arabes s'accordent à dire qu'à partir de Laghouat 
jusqu'à plusieurs journées de marche au sud , on ne rencon- 
tre que des plateaux à faibles ondulations , comme ceux que 
nous avions là sous le# yeux. Du haut du Gebel-Amour et de 



_ 23 — 

la montage de Laghouat , nous découvrions , vers le sud , un 
horison immense ; c'était comme celui de la pleine mer ; au- 
cune éminence ne paraissait. 

On peut admettre qu'un grand soulèvement général a eu 
lieu dans le sol, depuis les bords actuels de la mer jusqu'au 
centre du continent. Le sol a dû présenter de larges ondula- 
tions qui ont donné lieu à de grands bassins. La mer couvrait 
le terrain , puisqu'on trouve sur celui-ci des coquillages ma- 
rins. Dans les bassins qui aboutissent à la côte , l'eau se sera 
rendue à la mer ; dans les bassins sans issue à la côte , l'eau se 
sera concentrée en se retirant peu à peu dans les parties basses, 
où tout le sel qu'elle contenait se sera condensé. Les eaux de 
pluie doivent se rendre à ces mêmes parties basses ; elles y 
alimentent les lacs qui se remplissent l'hiver et sont généra- 
lement presque à sec l'été. Il est remarquable que tous ces 
lacs intérieurs sont salés , et même à un très-haut degré ; on 
s'en rendrait compte ainsi : le calcul fait voir que la couche 
de sel solidifié représentant celui de l'eau de mer du bassin de 
Zarhz pourrait avoir 25 lieues carrées de base et 200 mètres 
de hauteur. 

La montagne de sel qui est près du lac de Zarhz pourrait 
s'expliquer par un soulèvement postérieur à la solidification 
du sel de l'eau de mer retenue par le bassin. Elle a environ 
une lieue carrée de base et 200 mètres de hauteur. Elle est 
toute entière de sel marin. 

Les pluies torrentielles de l'hiver ont dû enlever , pour 
les porter dans les parties basses , une grande partie des ter- 
res des hauts plateaux , d'autant que ceux-ci ne sont pas pro- 
tégés par des forêts. Les parties élevées du Désert présentent 
le roc à peu près à nu. Il doit y avoir , dans les parties basses, 
toute la terre végétale du bassin et aussi une grande partie du 
sable. L'eau doit se trouver , si l'on arrive près du fonds so- 
lide , mais elle n'est pas toujours bonne ; la surface du sol 
reste sèche , les ruisseaux coulant souterrninement 



— 1A — 



Les montagnes du Petit-Désert , l'Atlas, et le Gebel-Amour 
montrent une très-forte couche d'un grès rougeâtre, qui pro- 
bablement s'étend sous le sol dans les parties basses. Il est pos- 
sible que cette couche arrive au niveau du sol dans les parties 
hautes et méridionales du Grand-Désert ; alors délitée par 
l'action de l'air , de la pluie et du soleil , elle donnerait lieu 
au sable qui existe en grande quantité de ces côtés et qu'a- 
mène le vent du midi. 

Aux yeux des Arabes , le Tell est le pays des céréales et 
des peuples agriculteurs ; le Sahara est le pays des pâturages 
et des peuples pasteurs. La Sahara est loin d'impliquer 
comme notre mot désert , l'idée de localités inhabitables ; 
comme tous les pays , il présente des parties excellentes , de 
médiocres et de très-mauvaises. Il y a dans les Alpes des par- 
ties élevées où le blé ne vient pas et qu'on utilise comme pâtu- 
rages ; pour les Arabes ce serait un Sahara. Le terrain du 
Petit-Désert, s'il était en France, serait très-cultivé; même 
dans le Grand-Désert les parties basses sont très-peuplées ; on 
y cultive en grand le palmier ; les jardins abondent en fruits 
et légumes, il suffit pour cela de trouver l'eau au moyen de 
puits là où il n'y a pas de sources ; la terre est féconde s'il y 
a irrigation, elle se couvre de sable si elle est inculte. Quant 
aux parties élevées elles présentent très-peu de terres, ce 
sont de maigres pâturages. Les tribus qui sont au sud des 
Beni-Mezab, et qui ne peuvent venir l'été vers ou dans le 
Tell pour y trouver plus d'herbe, font au printemps des meu- 
les de foin pour l'été. L'époque des grandes chaleurs est la 
saison difficile de ce pays, comme celle des neiges l'est dans 
le Nord. 

Une des choses qui caractérisent le désert, c'est l'absence 
de chemins frayés ; on s'y dirige comme en mer près des 
côtes sur l'aspect des lieux et par l'observation des astres. La 
vue d'un cavalier, dune troupe fait sensation, comme celle 
d'une voile, d'une flotte à la mer. Les hommes sont habitués 
à parcourir de très-grandes distances pour leurs moindres 



— 25 — 

affaires. Ils se livrent beaucoup à ia chasse avec des lévriers et 
a vee différentes espèces d'oiseaux de proie qu'ils dressent très- 
bien. Les hommes isolés voyagent habituellement de nuit 
pour éviter les voleurs ou les droits de passage que plusieurs 
chefs s'attribuent. Les douars se tiennent ordinairement 
dans des endroits cachés pour leur sûreté el pour éviter les 
frais d'hospitalité. On les reconnaît le jour par la fumée eL 
la nuit par les feux qu'on découvre en se portant sur les pics. 
Les tribus exercent presque toutes une sorte de piraterie, où 
les cavaliers montrent beaucoup d'intelligence, d'audace et 
de force pour résister à la faim, à la soif et à la fatigue de 
courses énormes. 

Tous les gens du désert sont habitués à se diriger dans leurs 
routes et à trouver les douars qu'ils cherchent, les colonnes 
de troupes, les voleurs qui ont emmené des bestiaux , par 
mille indices qui nous échappent. Il n'y pas d'éclaireurs qui 
leur soient comparables. 

Dans le Tell les Arabes, quoique sous la tente, ont peu à 
craindre, parce qu'il est difficile à un parti de passer inaperçu. 
Dans le Petit-Désert l'imprévu commence, c'est encore bien 
plus sensible dans le grand. La solitude immense du Sahara 
est une menace continuelle, qui se traduit souvent en effets; 
delà, la nécessité de savoir les nouvelles qui se propagent 
avec la plus grande rapidité, puis de se masser, de se soute- 
nir réciproquement, de poursuivre énergiquement les méfaits. 
Sans cette solidarité il n'y aurait que meurtres et brigandages; 
malgré elle il y en a encore beaucoup. De là encore la néces- 
sité de chefs capables, puissants et de grande naissance, dont 
les alliances élevées donnent des garanties de protection. 
L'aristocratie est bien plus en honneur dans le désert que dans 
le Tell parce qu'on en a plus besoin. Chacun doit compter 
sur son douar, sa tribu, ses chefs, ses alliés et très-peu sur 
l'action éloignée du gouvernement, qui n'est efficace immé- 
diatement que dans le Tell. 



— 26 — 

Voici comment L'homme utilise ces diverses localités : dans 
le petit Désert les tribus cultivent un peu vers le Tell ou dans 
le voisinage des rivières, elles élèvent de nombreux bestiaux, 
qui trouvent sur leur terrain une nourriture suffisante en été 
et en automne, abondante l'hiver, très abondante au prin- 
temps. Pendant l'été elles doivent se réunir près des rivières 
ou des sources qui ne tarissent pas. La fontaine de Taguine, 
qui signifie fontaine des puissants, doit son nom à ce que le 
peu d'eau qui existe dans les environs rend la possession de ce 
lieu un objet de combats entre les tribus, de sorte que la force 
seule peut y maintenir. Les tribus du Tell vont, pendant l'hi- 
ver, dans le petit Désert pour éviter le froid des montagnes, 
ménager leurs pâturages et utiliser ceux du petit Désert. Dans 
leGebel-Amour et le Gebel-Sahary la population et les bestiaux 
peuvent rester l'été dans quelques parties arrosées des mon- 
tagnes. Quant au Grand-Désert, la culture ne se pratique 
que dans les oasis; on utilise les pâturages par les troupeaux 
de moutons et de chameaux. Ces animaux peuvent rester plu- 
sieurs mois sans boire, Thiver et le printemps ; les hommes 
et les chevaux boivent le lait des brebis et chamelles, ou l'eau 
qu'on apporte sur les chameaux. Rien ne les fixant sur un 
point plutôt que sur un autre , les tribus font un commerce 
très lucratif. L'hiver, elles vont chez les béni Mzab, puis à 
Tougourt, y vendent leurs laines, beurre, fromage, bestiaux, 
les grains du Tell , les marchandises de l'Europe, et elles 
achètent des dattes, des étoffes de laine, etc. ; elles reviennent 
à l'ouest au printemps, communiquent avec les béni Mzab, 
chez lesquels elles achètent les esclaves, les plumes d'au- 
truches, la poudre d'or, etc., qu'apportent les caravanes du 
sud, et se rendent sur leur terrain près de Laghouat où elle s 
laissent repdser leurs chameaux. Quand l'été vient elles von 
vers le Tell, vendent les marchandises du sud , achètent cel r es 
du nord et le grain; elles reviennent chez elles au com- 
mencement de l'automne, laissent reposer leurs chameaux 



— 27 — 

et recommencent chaque année ces grandes oscillations, qui 
leur font faire 500 lieues par an. Rien de plus aventu- 
reux que la vie de ces Arabes; les Larbas, par exemple, 
sont divisés en fractions qui, régulièrement chaque année, 
se font la guerre; ils passent par force chez leurs enne- 
mis; ils sont attaqués par les tribus pillardes , comme les 
Troudes, les Chahamebas, qui sont les pirates du Désert ; 
ils attaquent ceux qui y prêtent; ils s'allient avec leurs 
amis pour combattre en passant les ennemis de ceux-ci, 
etc. Ils doivent connaître à fond la politique , les intérêts 
commerciaux , les conditions sanitaires de tous les pays 
qu'ils fréquentent ; leur existence et leur bénéfice en dé- 
pendent. Aussi ces Arabes sont-ils intelligents, braves, dé- 
cidés et très durs à la fatigue comme aux privations. Ils 
boivent très peu ; il est honteux chez eux de boire beau- 
coup et honorable de pouvoir passer plusieurs jours sans 
boire. 

Ces tribus ont non-seulement les avantages dûs à l'élève 
des bestiaux, mais elles sont encore comme de grandes 
maisons de commerce, qui réaliseraient d'immenses béné- 
fices, si les maîtres du Tell ne leur faisaient payer des 
droits considérables pendant l'été , si elles ne se déchi- 
raient pas entre elles et si la guerre qu'elles font de tous 
côtés ne leur occasionnait pas parfois de grandes pertes. 
Elles sont néanmoins très riches. 

Elles ne pourraient pas facilement, ni sûrement trans- 
porter partout avec elles leurs marchandises, de plus, les 
familles qui perdent leurs chameaux ne peuvent plus suivre 
le gros de la tribu dans ses marches perpétuelles. Elles 
sont alors fixées forcément, et ont besoin d'une protec- 
tion ; il leur faut nécessairement des magasins et des lieux 
de sûreté pour les familles non mobilisables. De là vient 
l'établissement des divers ksars qui existent dans le dé- 
sert et qui sont 1k ce que sont les ports pour la ma- 



— 21 — 

rine marchande; chaque tribu a le sien; les uns sont mis 
sous la protection de marabouts, comme Aïn-Madhi, Ghe- 
ref, Sidi-Bousid, etc. ; d'autres sont gardés par les tri- 
bus mêmes; d'autres enfin, comme Laghouat , dépendent 
de chefs non de la tribu. Les ksars ne peuvent pas plus 
se passer des tribus que les tribus des ksars. Tous dé- 
pendent de plus du chef du Tell , sans lequel il n T y au- 
rait ni commerce ni grain; aussi le proverbe du désert 
est-il : Celui-là est notre père, qui est le maître de notre 
mère et notre mère est le Tell. Les conditions pour réta- 
blissement des ksars sont celles-ci : être à l'abri des inon- 
dations et dans une position militaire, par conséquent sur 
une hauteur; être près d'une source, ou d'une rivière non 
tarissable, ou avoir des puits d'eau potable; pouvoir irri- 
guer les cultures; avoir une enceinte assez forte pour 
résister aux attaques probables , et un sol donnant des 
silos solides, peu difficiles à faire et conservant bien les 
denrées ; être au centre des affaires des intéressés. Les 
constructions sont ordinairement faites en briques gros- 
sières, cuites au soleil et peu solides ; quelques rares murs 
ont la partie inférieure en maçonnerie; l'enceinte offre 
généralement des flanquements ; les jardins sont clos de 
murs avec quelques tours à créneaux ; la végétation est 
superbe ; les palmiers ont une hauteur de 20 à 30 mètres ; 
les poiriers, les amandiers, sont comme nos gros chênes; 
les légumes y sont très bons; le millet est très cultivé. 
Les moissons du désert se font à la fin de mai, et de 
là vient contre le Tell une chance particulière de guerre. 
En effet, la moissson étant faite en juin et le commerce 
n'amenant dans le Tell qu'à la fin de juillet, le mois de 
juin est disponible et l'on trouve un grand stimulant pour 
conduire alors les populations dans le Tell en leur pro- 
mettant d'y prendre le blé qui y est encore sur pied ; d'au- 
tant qu'à cette époque, chaque tribu du Tell se préparant 



— 29 — 

ou travaillant à la moisson, il y a peu de dangers à crain- 
dre de celles qu'on n'attaque pas. Mais pour cela il faut 
qu'elles comptent sur d'autres parties du Tell pour y pas- 
ser l'été; c'est ce qui arrive aux tribus du sud-ouest d'O- 
ran, qui achètent leurs grains dans le Maroc. L'époque 
où elles sont à craindre pour nous est le mois de juin, 
tandis que l'époque des troubles du Tell commence poul- 
ies Arabes, au mois d'août, quand les moissons sont faites, et 
pour les Kabyles au mois d'octobre, après la récolte des figues. 

Les tribus du désert sont parfaitement soumises en août ; 
elles sont alors à la discrétion du Tell; toute turbulence 
cesse; mais dès qu'elles ont quitté le Tell, les querelles 
commencent de toutes parts, et il y a toujours de grands 
désordres jusqu'à ce que chacun soit sur son terrain. La 
soumission des tribus du désert est assurée au maître du 
Tell, s'il peut les empêcher d'aller dans le Tell ailleurs 
que chez lui. 

Les Kabyles résident dans des maisons , ont beaucoup de 
chèvres, des moutons, peu de bêtes à cornes, des mulets, des 
ânes, peu de chevaux, pas de chameaux. — Les Arabes du 
Tell sont nomades mais s'écartent peu de leurs silos, ils ont 
beaucoup de bestiaux, de chevaux, de mulets, peu de cha- 
meaux. — Les tribus du Petit-Désert ne quittent pas les riches 
pâturages compris entre le Gebel-Amour et l'Atlas ; elles ne 
s'éloignent guères que de 15 à 20 lieues du centre de leur 
terrain ; elles ont beaucoup de moutons, de chameaux , de 
chevaux, peu de mulets. — Le bœuf n'existe que dans l'Atlas, 
le Gebel-Amour, le Gebel-Sahari et quelques autres mon- 
tagnes ; il n'y en a plus au-delà du Mzi. — Les tribus nord 
du Grand-Désert ont besoin d'espaces immenses, parce que 
les pâturages sont très-maigres ; elles doivent se mouvoir 
continuellement; elles ont beaucoup.de moulons, de cha- 
meaux et de chevaux, pas de mulets. — Les tribus au sud des 
Béni Mzab ont encore moins d'eau et d'herbe ; elles ont peu 



— SO- 
de moutons, beaucoup de chameaux ; le méhari remplace le 
cheval pour toutes les courses, il fait, dit-on, 50 et même 
80 lieues en un jour ; on le nourrit de noyaux de dattes et de 
certaines herbes; pour les rhazias deux hommes montent 
dessus. Les transports pour le commerce et le brigandage sont 
l'industrie de ces populations, Le terrain de chaque tribu est 
immense. 

Les chevaux du Grand -Désert boivent souvent du lait ; 
très-peu reçoivent de Forge. On leur donne parfois des dat- 
tes, et faute d'autre chose de la viande. Ceux qui sont nour- 
ris exclusivement de dattes et de lait sont très-levretés, secs , 
très-forts, très-rapides et supportent facilement de très-lon- 
gues courses. La meilleure race est celle des Oulad Sidi- 
Chikh, au sud-ouest du Gebel-Amour. 

Les opérations de guerre ou de rhazias se font pour les 
Ksars par des fantassins, pour les tribus nord du désert par 
des cavaliers, pour les tribus sud par le moyen des méharis ; 
une journée de marche est pour les premiers de 15 à 20 lieues, 
pour les seconds de 30 à 40 lieues, pour les troisièmes de 50 
à 80, de sorte que la portée d'une opération de six jours pour 
l'aller et le retour est d'environ 50 lieues pour les fantassins, 
100 lieues pour les cavaliers, 180 lieues avec les méharis. Les 
partisans à Méharis doivent éviter les cavaliers , qui les at 
teignent s'ils ne sont éloignés que de 7 à 8 lieues, l'allure du 
méhari n'étant que le trot qui est comparable au grand trot 
d'un bon cheval. 

Dans les années ordinaires, les gens du désert peuveut à la 
rigueur se passer du Tell. Les troupeaux mangent l'herbe 
fraîche ou sèche, et les dattes suppléent au pain. Mais dans les 
années sèches, les tribus du Petit-Désert entrent pendant l'été 
dans le Tell, ou se réfugient dans le Gebel-Amour et le Gebel- 
Sahari ; celles de la partie nord du Grand-Désert viennent 
dans le Petit-Désert ou le Tell ; celles du sud affluent vers 
les oasis. II y a souvent alors une grande mortalité parmi 



— 31 — 

leurs animaux, faute d'herbe et d'eau. Si la récolle des dattes 
manque, les céréales deviennent nécessaires. Le Tell repré- 
sente donc pour le Désert, non-seulement la source de tout ce 
que le commerce maritime apporte, le sucre, le café, le 
fer, etc., et le débouché de tous ses produits, mais encore son 
refuge et son salut dans certains cas. Pour les tribus du Dé- 
sert, le Tell est le pays riche, sûr, où la vie est aisée, où Ton 
a les délices des villes, mais dont par cela môme les popula- 
tions sont abâtardies. L'existence noble, libre, honorable, 
est celle du désert, celle des nobles Arabes de l'Yemen, celle 
où la vie et les richesses sont toujours en jeu , où chacun 
prospère selon sa valeur et son bonheur ; l'Arabe du Tell est 
la transition à l'habitant des villes et au Kabyle que tous mé- 
prisent souverainement. 

De la mer à l'Oued-Mzi, le pays comporte une grande po- 
pulation. On voit que celle-ci a existé par les ruines nombreu- 
ses qu'on trouve jusqu'à l'Oued-el-Heumar. Le Gebel-Sahary 
et le Gebel-Amour présentent encore plus de villages bâtis 
que l'Atlas dans la partie habitée par les Arabes. Les popula- 
tions jusqu'à l'Oued-Mzi sont faciles à régir, parce que les 
unes sont fixes et que les autres s'éloignent peu de leur gîte 
habituel, puis parce que les troupes peuvent opérer sans de 
grandes difficultés. Au-delà de l'Oued-Mzi, c'est tout diffé- 
rent, la pénurie d'eau et d'herbe rend difficile toute opéra- 
tion militaire et par suite l'exercice direct de l'autorité ; elle 
force aussi les tribus à parcourir des espaces immenses et à 
n'être que momentanément dans la zone de soumission facile. 



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DESCRIPTION ET HISTORIQUE DES KSARS. 



&*>* 



Les Ksars qui bordent le Grand-Désert sont de petites répu- 
bliques, qui font un grand commerce, cultivent leur terrain, 
sont liés à tous les événements politiques du pays, y exercent 
une grande influence, et font très-souvent la guerre. Leur 
population est brave, sobre, intelligente, très-active. Leur his- 
toire offre les mêmes vicissitudes intérieures et les mêmes ri- 
valités entre elles que celle des républiques italiennes dans le 
Moyen-Age. Nous ne parlerons que de Laghouat, Tejmout , 
Aoueta, Assaffia , Ksir el Aïrane et Aïn-Madhi que nous 
avons organisés. 

La ville de Laghouat est la capitale de notre Désert, elle est 
bâtie sur les pentes nord et ouest d'une montagne, à Test de 
laquelle coule l'oued Mzi. Les fortiiicalions consistent en 



— 33 — 

deux fortes tours bâties sur les points culminants de la crête, 
et auxquelles se rattachent les murailles. Un ruisseau de dé- 
viation du Mzi irrigue les magnifiques jardins qui forment, au 
nord et au sud de la ville, comme deux hautes forêts de 
3,000 mètres de longueur ; les palmiers y sont nom- 
breux et grands ; on en retire de bonnes dattes, du miel de 
dattes; l'eau de palmier nommé lorhmi, qui a un goût sucré, 
devient vineuse, puis se change en vinaigre ; les côtes des 
feuilles fournissent de quoi faire des nattes et des chapeaux ; 
le bois sert aux constructions. Le figuier, le pêcher, le prunier 
l'abricotier, la vigne, l'amandier, le mûrier, le bananier y 
sont en très-grand nombre ; lés légumes y sont très- variés; ces 
jardins font la richesse de Laghouat et en même temps sa 
partie faible, car les habitants ne se décideront jamais à les 
voir couper et ils ne pourraient les défendre contre une co- 
lonne comme la nôtre. 11 y a dix-huit fractions dans la ville ; 
chacune a toute leau pendant un jour et la subdivise pour 
chaque particulier. Les impôts sont perçus proportionnelle- 
ment à l'eau prise par chacun. On compte quatre mosquées 
très-mesquines et un fondouck ; il n'y a pas de bains ; le 
nombre des combattants est de 5 à 600 fantassins et d'une 
dixaine de cavaliers; la population est de 5 à 6,000 âmes. 

Laghouat est une ville très ancienne ; elle dépendait jadis 
du Maroc ; il y a cent cinquante ans environ elle fut cédée 
aux Turcs ; le bey de Médéah la régissait, mais dut la 
combattre plusieurs fois avec des chances variées : elle passa 
ensuite au bey d'Oran, revint au bey de Médéah et était, 
dans les derniers temps, sous l'agha d'Alger ; elle payait 
une redevance assez minime. 

Elle a toujours été , comme toutes les villes du Désert, 
administrée par une gema, mais la grande influence était 
exercée par la famille du marabout el Hadj-Aïssa, par 
celle des Ouled-Zânoun et celle des Ouled-Zerrhine. De fré- 
quents combats el de nombreuses intrigues à Maroc , Al- 



— 34 — 

ger, Oran, Médéah, signalèrent les prétentions de ces par- 
tis. Les Ouled-Zerrhine occupaient la hauteur et la tour de 
l'ouest ; ce quartier est en partie ruiné par la guerre ; les 
Ouled-Zânoun étaient du côté opposé ; le ruisseau d'irri- 
gation les séparait ; peu de jours se passaient sans qu'il y 
eût quelques coups de fusils entr'eux. Les marabouts étaient 
au sud. 

Il y a soixante-dix ans , Ben-Salem, père de notre ka- 
lifa et chef des Ouled-Zânoun, appela deux fois le secours 
de Mohamed-el-Kebir, bey d'Oran, qui Tint avec une forte 
troupe, préleva une contribution et chassa les Ouled-Zer- 
rhine. Ceux-ci, secondés par les Marabouts , revinrent au 
pouvoir, et ces vicissitudes se renouvelèrent plusieurs fois. 
Enfin, vers 1828, les Ouled-Zânoun tuèrent Larhdar, chef 
des Ouled-Zerrhine et Ahined-Ben-Salem resta le maître de 
la ville jusqu'à ce que l'émir ait voulu y étendre son autorité. 

Quand, en 1838, Abd-el-Kader voulut entamer l'affaire, 
qui lui fut si fatale, de la soumission de ce pays , il fut 
sollicité par le parti le plus faible, celui de El-Hadj-Larbi 
qui désirait reprendre le pouvoir a Laghouat ; il y fut aussi 
poussé par quelques membres de la famille des Tedjini qui, 
chassés d'Aïn-Madhi, étaient retirés chez les Hachems , près 
de Mascara. Il commença par faire saisir à l'improviste 
dans le Tell , toutes les caravanes des Ksars et tribus en- 
vironnantes ; il les rendit quand on se soumit. Il n'était 
pas assez fort pour se servir du kalifa comme nous le fai- 
sons : son système était d'ailleurs d'élever les Chérifs ; il 
donna avec raison le pouvoir à El-Hadj-Larbi , de la fa- 
mille des marabouts El-Hadj-Haïssa, et le fit soutenir par 
un bataillon d'infanterie et une pièce de canon. 

El-Hadj-Larbi appuyé par son parti, par Tedjini, auquel 
Abd-el-Kader avait spécialement écrit â ce sujet , et par 
la cavalerie du Petit-Désert, s'installa à Tej moût, où il réu- 
nit ses adhérents, puis vînt altaquer à Laghouat Àhmed-ben - 



— 35 — 

Salem. Après deux jours de combats les Ouled-Zànoun 
furent vaincus et durent se retirer chez les Beni-Isgueo, 
fraction des Beni-Mezab, mais ils firent une opposition 
très active. Quand Abd-el-Kader assiégea Ain-Madhi, Ah- 
med-ben-Salem envoya dans la place son frère Yaya-ben- 
Salem pour soutenir Tedjini avec une centaine de combat- 
tants. L'émir détacha Yaya de Tedjini en rendant à Ah- 
med-ben-Salcm le commandement particulier de Laghouat. 
Une fois en ville, notre kalifa gêna tellement le gouverne- 
ment de son ennemi le kalifa El-Hadj-Larbi, qu'il fallut 
destituer celui-ci peu après la prise d'Aïn-Madhi. 

Abd-el-Kader ne pouvant prendre sans crainte un kalifa 
parmi les grands du pays, choisit pour cette fonction Abd- 
el -Baki, homme considérable des environs de Tekedemt et 
l'envoya à Laghouat avec un bataillon, en lui recomman- 
dant de tenir celui-ci réuni 

Abd-el-Baki fut reçu à Laghouat sans difficulté ainsi que 
son bataillon dont, malgré ses sages instructions, il dissémina 
les soldats chez les habitants ; il rendit compte de ce ré- 
sultat, sur lequel on comptait peu, à Abd-el-Kader qui ré- 
sidait à Médéah. L'émir lui donna alors cet ordre : « Arrête 
« tous les principaux de Laghouat, exécute-les ou envoie- 
« les à Tekedemt ; détruis la ville ainsi que les jardins et 
« établis-toi à Tejmout. » 

Abd-el-Baki avait sous ses ordres les aghas Djedid et El- 
Gharouhi, qui, avec leur nombreux douars, campaient près 
de la ville. Il les prévint de ses intentions et malgré leurs 
observations, il fit venir le soir, sous différents prétextes, 
Ahmed-ben-Salem, Yaya-ben-Salem et une dizaine des prin- 
cipaux qu'il mettait aux fers à mesure qu'ils entraient. 

Bientôt les habitants surent ce qui se passait ; une 
émeute furieuse éclata, les soldats furent attaqués et n'étant 
pas réunis, ils furent facilement vaincus ; une petite partie 
seulement échappa par les jardins , conduits par les parti- 



— 36 — 
sans de El-Hadj-Larbi, le reste fut ou tué ou pris et dé- 
pouillé ; vingt-sept habitants périrent dans ce combat. Le 
kalifa Abd-el-Baki fut attaqué vivement dans sa maison, 
dut délivrer les prisonniers, fut dépouillé ainsi que tous ses 
principaux chefs et ne dut la vie qu'à la fermeté avec la- 
quelle Ahmed-bcn-Salem le protégea. Il fut enfin remis à 
El-Gharouhi et Djedid qui remmenèrent avec eux. Tout 
le matériel, y compris un canon, fut pris. 

C'était en 1839, Àbd-el-Kader fortement préoccupé des 
intentions des Français et prévoyant une guerre prochaine, 
était dans l'impossibilité de tirer satisfaction de cet affront. 
Il ne pouvait nommer kalifa ni Ahmed-ben-Salem ni un 
chef du Tell, il renomma El-Hadj-Larbi qui avait un parti 
assez fort dans le pays, et qui, s'il ne pouvait exercer le 
commandement , devait au moins neutraliser la puissance 
d'Àhmed-ben-Salem . 

El-Hadj-Larbi destitué s'était retiré à Sidi-Bouzid, il reçut 
là 300 soldats et fut aidé par ses partisans de la localité ainsi 
que par la cavalerie duLetit-Désert. Avec ces moyens le nou- 
veau kalifa ne pouvait pas prétendre s'établir à Laghouat. Il 
résolut d'occuper Aïn-Madhi, dont les murs n'étaient pas re- 
levés, afin d'enlever cette position à Tedjini et de donner de 
la force aux partisans qu'il avait dans les autres Ksars. Il 
fit d'abord reconnaître son autorité à Tejmout, mais quand 
il se dirigea sur Aïn-Madhi, Ahmed-ben-Salem, Tedjini et 
leurs adhérents lui livrèrent bataille. Il eut d'abord l'avan- 
tage, mais à la fin du jour il fut vaincu et se réfugia avec sa 
troupe à Tejmout. Ahmed-ben-Salem se retira à Laghouat, 
puis ayant appris que l'émir était en guerre avec les Français, 
il attaqua son rival à Tejmout et l'en chassa après avoir tué 
une cinquantaine de ses soldats et de ses partisans. El- 
Hadj-Larbi dût se retirer à Assafia ; il y attaqua les ad- 
hérents d'Ahmed-ben-Salem et les chassa de leur quartier 
qui fut détruit. 



-r- 37 — 

Abd-el-Kader, k celle époque, n'avait plus aucun espoir 
de succès de ce côté. Il était en guerre avec les Français 
et avait besoin de ses troupes. Il retira, par suite , à son 
kalifa le peu de soldats qui lui restait et. dans sa colère 
contre les gens de Laghouat , il donna Tordre général de 
piller et de tuer tous ceux qui se trouveraient parmi les 
tribus sous ses ordres. 

Ahmed-Ben-Salem vint bientôt attaquer El-Hadj-Larbi et 
le força de quitter Assafia pour chercher un dernier refuge 
à Ksir-el-Aïrane, où se concentrèrent tous ses partisans dans 
un quartier à part. Cette petite bourgade resta assez long- 
temps exposée à une guerre intérieure assez vive qui divisait 
aussi toutes les tribus environnantes. Enfin, au commence- 
ment de 1842, Ahmed-ben-Salem ayant su qu'Abd-el-Kader 
était vaincu sur tous les points et ne pouvait plus l'embar- 
rasser, vint, avec tout son parti, à Ksir-el-Aïrane et attaqua 
le malheureux El-Hadj-Larbi. Un combat très acharné eut 
lieu pendant trois jours. El-Hadj-Larbi vit prendre toutes 
les maisons qu'il défendait et finit par être vaincu, pris et 
exécuté. Ses principaux adhérents furent aussi pris et mis 
à mort, ou chassés. (Le drapeau de El-Hadj-Larbi pris en 
cette circonstance m'a été remis par notre kalifa et a été 
joint au rapport.) 

Aussitôt après, tout ce qui tenait contre les Ouled-Zânouu 
fut mis hors d'état de nuire, ou chassé de tous les Ksars ; 
de ce moment Ahmed-Ben-Salem eut une autorité non con- 
testée dans le pays. Telle était sa position quand notre co- 
lonne, qui venait chez les Ouled-Naïl, arriva près de La- 
ghouat en avril dernier et le détermina à faire sa soumis- 
sion. J'ai vu à Laghouat ce qui reste des Ouled-Zerrhine et 
les descendants du marabout El-Hadj-Aïssa. Aucun ne m'a 
paru avoir la faculté ni l'intention de faire de l'opposition. 
L'autorité personnelle du kalifa est très forte, elle résume 

3 



— 38 — 

les travaux de sa famille et de ses adhérents pendant trois 
siècles et peut être employée utilement dans nos intérêts. 



S»4H2-<Srfl 



TEJMOUT a été créé par une migration de Laghouat, 
chassée à la suite de guerres intestines. C'est un Ksar bien 
établi avec de beaux jardins ; mais la plupart des maisons 
ont été détruites ou endommagées par la guerre il y a trois 
ans ; il faut quelque temps de calme pour que les ruines 
soient relevées. Il y a 120 fusils, le reste est en proportion. 



»4Mk&SBa 



AOUETA est plus petit que Tejmout et présente au plus 
50 fusils. La discorde y a régné aussi jusqu'à ce que le parti 
deBen-Salem eut détruit, chassé ou annulé l'autre. C'est en- 
core un annexe de Laghouat et son avant-poste à l'ouest. 
Il est bâti sur une hauteur dominant un ravin, où est une 
source qui irrigue les jardins et se perd aussitôt après dans 
les sables. 



■a»^Mî>^ aa-j» 



ASSAFIA est très heureusement situé près d'une belle 
source. C'est un ksar ancien, qui a fait longtemps la guerre 
à Laghouat et était considérable autrefois. Selon la chro- 
nique locale , les gens de Laghouat promirent, il y a cent 



* — Sï) — 

ans, une forte somme au marabout El-Hadj-Aïssa pour qu'il 
obtint du ciel la perte d'Assalia ; celui-ci consentit. Peu 
après une grêle extraordinaire détruisit de fond en comble 
la ville, qui, comme les autres, était en briques de terre se- 
chée au soleil. Les gens de Laghouat , ayant atteint leur 
but , refusèrent le paiement stipulé à El-Hadj-Aïssa , qui 
leur prédit comme anathème , qu'ils se déchireraient tou- 
jours entre eux. Les Assafiens allèrent demander sa pro- 
tection ; il leur dit de rebâtir leur ville plus haut, ce qu'ils 
firent ; la moitié de cette nouvelle ville fut complètement 
détruite par El-Hadj-Larbi , il y a deux ans ; l'autre fut 
fortement endommagée quand Ahmed-ben-Salem en chassa 
El-Hadj-Larbi ; de sorte que maintenant on voit un petit 
ksar de 40 à 50 fusils, puis les ruines d'un autre sembla- 
ble, celles du premier, qui était beaucoup plus grand, de 
très beaux et de très grands jardins irrigués , enfin des 
champs de blé irrigués aussi ; la source se perd dans les 
sables immédiatement après. 



KSIR-EL-AIRANE a été bâti il y a quarante ans par les 
ordres d' Ahmed-ben-Salem ; une fraction des Rahman, qui 
sont près de notre Tell , s'était séparée du reste du Neja, 
à la suite d'une de ces dissidences si fréquentes dans les 
tribus nomades ; elle forma la base de la population sous 
des chefs de Laghouat. 11 n'y a pas de fontaines, mais seu- 
lement des puits d'eau assez mauvaise , qu'on ne boit que 
pendant la sécheresse ; autrement on va chercher l'eau 
dans les mares del'Oued-Mzi, qui, à partir de là, s'appelle 
Djeddi. Le but était d'avoir un avant-poste du côté est, 
d'exercer action sur les tribus qui viennent forcément cam- 



— 40 — 

per près de là et de leur présenter des magasins à louer 
chèrement. Ce ksar est encore assez grand, quoiqu'un tiers 
en ait élé détruit en 1843 dans le combat contre El-Hadj- 
Larbi. Il présente environ 150 fusils; les maisons ont de 
grandes cours pleines de silos, elles sont bâties sur une hau- 
teur, les murs sont en briques cuites au soleil ; les jardins 
sont peu considérables faute d'eau courante, ils ne sont pas 
ceints de murs; les palmiers y sont encore très petits; il y 
a à côté quelques champs de céréales. 



ÀÏN-MADH1 est une ville très ancienne, elle a élé bâtie 
sur un monticule au pied duquel coule un ruisseau inta- 
rissable qui irrigue les jardins. Elle appartient en entier à 
la famille des ïedjini, qui ne souffre pas qu'un étranger 
s'y établisse, qui y fait habituellement le siège de son action 
religieuse, et qui y a pris depuis quarante ans une position 
militaire très forte 

Il y a en Afrique plusieurs ordres religieux analogues, 
sous plusieurs rapports, à ceux qui existaient en France 
avant la révolution , mais en différant aussi en plusieurs 
points. Les prosélytes, au lieu d'être réunis dans un cou- 
vent, sont disséminés dans le pays. Ils sont astreints à cer- 
taines pratiques de dévotion ; ils font parfois des donations 
à l'ordre ; chaque année ils apportent au chef une partie 
de leurs revenus ; ils comptent aussi sur son appui, ses con- 
seils , pour leur bien en ce monde , et sa protection dans 
l'autre. Presque chaque tribu du Désert et du Tell a son 
marabout quelle appelle son seigneur, dont elle se dit les 
serviteurs et dont les chefs les plus élevés baisent respec- 
tueusement la main. L'ordre des ïedjini s'étend très au 



— ii — 

loin en Algérie, dans le Maroc, à Tunis et dans l'intérieur 
de l'Afrique ; dans presque toutes les villes de ces localités 
Tedjini a , ou avait avant 1830 , des écoles où s'instrui- 
sent des tolbas et des oukils pour le représenter. L'autorité 
pour la gestion de l'ordre se transmet de père en fils , ou , 
à défaut de fils , dans les branches collatérales, comme 
dans les familles régnantes. Dans plusieurs des ordres reli- 
gieux qui existent dans le Tell cela a lieu ainsi, mais le 
gouvernement sanctionne la nomination du nouveau chef, 
tandis qu'à Ain-Madhi, le chef de l'ordre se passe ordinai- 
rement de cette formalité. Tedjini a un pouvoir très grand, 
parce que beaucoup de tribus suivent le deker de son or- 
dre, parce qu'il a de très grands biens, parce que ses adhé- 
rents lui sont très dévoués et lui font de grands dons an- 
nuels, parce que sa famille est d'une très haute noblesse 
religieuse et compte parmi les sept ou huit familles de ma- 
rabouts les plus considérables et les plus saintes du nord 
de l'Afrique, parce qu'il a un très grand nombre d'ou- 
kils et de tolbas qui propagent son influence, parce qu'enfin 
sa ville a une très grande force militaire relativement aux 
moyens d'attaque du pays. 

Jusques vers 1790, Ain-Madhi n'avait, comme les petits 
ksars voisins, que des murailles faites en briques cuites au 
soleil. Mais à cette époque, Tedjini, le père du chef ac- 
tuel de l'ordre, fit venir de Tunis un architecte, le mara- 
bout de son ordre, Mahmoud, qui établit à grands frais des 
murailles hautes de 12 mètres , épaisses de 2 mètres , en 
bonnes pierres de taille reliées par du mortier, avec flan- 
quement et de nombreux crénaux. Ces murailles furent 
détruites par Abd-el-Kader. Elles sont en très grande par- 
tie relevées depuis quatre ans par notre Tedjini, qui aura 
probablement fini cette année, ou, au plus tard, Tannée pro- 
chaine. Le plan en est ci-joint. La puissance de la famille 
Tedjini se révèle par la construction en quatre ansdcrelip 



— 42 — 

enceinte qui , par son étendue , sa hauteur, son épaisseur 
et la nature des matériaux , serait très chère par tout 
pays , mais devient un travail très remarquable dans le 
désert 

La famille Tedjini payait au gouvernement turc une fai- 
ble redevance annuelle ; mais elle se considérait comme 
relevant moralement de l'empereur de Maroc. Elle créa 
souvent de grands embarras aux gouvernants, ainsi qu'on 
va le voir. 

Le bey d'Oran, Mohamed-EI-Kebir , était venu une pre- 
mière fois à Laghouat pour soutenir le cheik Ben-Salem; 
Tedjini lui avait fait les politesses d'usage; mais à la se- 
conde fois il refusa de donner satisfaction d'un affront fait par 
un homme d' Aïn-Madhi à un soldat du camp, et ferma 
ses portes. Le Bey revint peu après d'Oran, entoura Aïn- 
3Iadhi, fit abattre les murs des jardins et avancer ses 
soldats, précédés de très nombreux chameaux, qui reçurent 
les balles des assiégés ; l'assaut fut donné par escalade, la 
ville fut prise, pillée, ses murs furent rasés. Tedjini échappa 
avec peine et se retira à Bousemprhoune, où son ordre 
a de grands biens, puis à Fez. Il n'osa plus revenir à Aïn- 
Madhi avant de l'avoir mis à l'abri de l'attaque des Turcs. 
Cest dans ce but qu'il lit élever par Mahmoud les mu- 
railles qui ont fait de ce ksar une place remarquable dans 
le pays. 11 mourut vers 1819 sans avoir quitté Fez. Ses 
deux fils vinrent alors s'établir à Aïn-Madhi. L'aîné avait 
un caractère très ambitieux et manquait de prudence. 11 
eut la direction de l'ordre quoique âgé d'une vingtaine 
d'années seulement. Les marabouts de la famille Hadj-Aïssa 
lui firent donner, dit-on, de mauvais conseils. Le jeune 
chef mit à mort plusieurs de ses parents, et prit, vis-à-vis 
des Turcs, une position hostile. Sur les avis qui lui en ar- 
rivèrent, le dey Hussein ordonna, en 1820, à Hassan, der- 
nier bey d'Oran , de reprendre Aïn-Madhi. Celui-ci ne 



— 43 — 

réussit pas dans l'assaut qu'il donna; toutes les popula- 
tions voisines soutinrent Tedjini; à la suite de longs com- 
bats non décisifs, la maladie ayant fait des ravages dans 
le camp, et tous les chefs du voisinage s'étant interposés, 
il se lit un arrangement entre la place et les Turcs. Le 
bey se retira après avoir reçu une forte contribution. C'était 
un échec réel qui donna au maître d'Aïn-Madhi une idée 
exagérée de sa force et entraîna de très fâcheuses consé- 
quences. 

Peu après, ïedjini dirigea deux opérations militaires con- 
tre le Tell d'Oran ; la première fois il se croisa dans le 
désert avec une troupe des Zeguedous, qui marchait aussi 
dans le même but ; il l'attaqua, la pilla, fut blessé au col 
et rentra à Aïn-Madhi. La seconde fois il souleva un grand 
nombre de tribus du Tell, s'empara de Mascara, moins la 
citadelle, et prétendait chasser les Turcs d'Oran. Il fallut 
que le bey vînt avec une troupe considérable pour le com- 
battre ; l'agha Moustapha-ben-Smaïn , qui devint général 
à notre service, avait négocié avec les cavaliers du Tell, 
une convention secrète par suite de laquelle ceux-ci aban- 
donnèrent les insurgés et se réunirent au maghzen pour 
tomber ensemble sur les combattants du désert, qui furent 
battus et firent de très grandes pertes. 

Tedjini était énormément obèse, il ne put fuir; 400 
hommes de son parti furent tués avec lui, sa tête empaillée 
fut exposée à Alger. Son frère cadet lui succéda et est le 
chef actuel de l'ordre. Il a environ 35 ans, est très grand, 
très obèse et ne veut que la paix et la tranquillité. îl 
est fils d'une négresse et a le teint des mulâtres. Il avait 
fortement blâmé les opérations de son frère aîné; il s'est 
toujours borné aux devoirs de religion et ne voulut jamais 
se mêler de politique , autant que possible. 

Quand Abd-El-Kader eut nommé kalifa de Laghouat 
le chérif El-Hadj-Larbi, il voulut mettre garnison à Ain- 



— u — 
Madhi , qui, effectivement, convenait admirablement pour 
assurer la position du nouveau chef du pays. Il écrivit à 
Tedjini quil irait incessamment le visiter dans Aïn-Madhi. 
Son intention secrète était de s'emparer de la place, quand 
il y serait entré avec ses gens , et peut-être de Tedjini. 
Ce dernier, pressentant cette trahison, répondit qu'il ne 
pouvait pas recevoir l'émir qui, s'il persévérait dans son 
dessein, s'en repentirait. Abd-El-Kader, irrité et sentant 
que Tedjini devait être amoindri, se décida à assiéger Ain- 
Madhi, ce qu'il fit avec trois canons , deux mortiers et 
plus de 7,000 combattants, dont 2,000 de troupes régu- 
lières. 

Les Larbas, les gens des Ksars fournirent des secours 
à leur marabout Tedjini. Ahmed-Ben-Salem, qui s'était réfu- 
gié chez les Beni-Mezab, lui envoya son propre frère Yaya 
avec cent combattants. Le siège fut vivement soutenu. L'ar- 
tillerie ne fit qu'une brèche insuffisante; les mines furent 
éventées par des contremines. Assiégeants et assiégés firent 
de grandes pertes. Au bout de trois mois, les armes n'a- 
vaient rien décidé. Abd-el-Kader employa alors la poli- 
tique. Un premier arrangement eut lieu en ce sens : Ah- 
med-ben-Salem sera le chef de Laghouat; son frère Yaya 
Ben-Salem se retirera d' Aïn-Madhi ; El-Hadj-Larbi, main- 
tenu kalifa, sera reconcilié avec eux; Tedjini paiera 11,000 
boudjonx; Abd-el-Kader ensuite se retirera. Tout fut exé- 
cuté, sauf le dernier point. L'émir continua le siège après 
avoir ainsi affaibli son ennemi. Cependant l'exhaltation des 
assiégés était très grande, les assiégeants montraient peu 
d'ardeur pour la continuation de l'opération , la place ré- 
sistait toujours; mais Tedjini craignait de nouvelles défec- 
tions et voyait diminuer ses moyens; d'un autre côté, Abd- 
el-Kader avait hâte d'en finir; les négociations reprirent. 
Abd-el-Kader, prétendant qu'il avait fait serment de ré- 
citer sa prière dans la mosquée d' Aïn-Madhi, mais avec 



le but réel de s'emparer de la place, demanda à aller à 
la mosquée, disant qu'ensuite il lèverait le siège. Tedjini 
y consentit, mais à condition qu'il entrerait seul. Abd-el- 
Kader voulait avoir avec lui des soldats. Ce fut refusé. 
Enfin, au commencement du huitième mois, un deuxième 
arrangement eu lieu comme il suit : Tedjini évacuera la 
ville, Abd-el-Kader y entrera, fera sa prière à la mosquée 
puis se retirera et rendra la place à Tedjini ; à cet effet, 
l'émir et son camp s'établiront à Sidi-Bouzid (à 16 lieues 
au nord d'Aïn-Madhi) ; l'émir fournira 500 chameaux ; Ted- 
jini donnera son fils en otage jusqu'au retour des chameaux 
et se retirera à Bou-Sernprhoune. Quand Tedjini vit Abd- 
el-Kader à Sidi-Bouzid, et eut à sa disposition les chameaux 
promis, il tarda longtemps, sous différents prétextes, avant 
de se retirer, espérant que quelqu'évènement viendrait à 
son aide. Enfin, lui et tous les siens durent évacuer la 
place. Après neuf mois de siège , Abd-el-Kader y entra 
et, malgré sa promesse, s'empressa de détruire les murailles 
ainsi que les maisons principales, sauf celle de Tedjini où 
il logeait. Il partit subitement à la suite de nouvelles im- 
portantes reçues concernant les affaires du Tell. 

Tedjini ne rentra à Aïn-Madhi qu'après la défaite du kalifa 
Abd-el-Baki. Il eut encore à lutter contre el Hadj Larbi, qui, 
renommé kalifa, tenta inutilement de s'emparer d'Aïn-Madhi. 
11 a occupé depuis sans grandes vicissitudes sa position ; a fait 
réparer ses murailles qui seront complètes incessamment, et 
a fait sa soumission aux Français en même temps que les 
autres chefs du voisinage. 

Je vais maintenant parler d'Aïn-Madhi considéré comme 
place forte. Ce ksar a été bâti sur un monticule en plaine 
et près d'une hauteur en pente douce. L'eau vient d'un ruis- 
seau intarissable, mais peut être coupée facilement, parce 
que l'avantage du monticule a été préféré à celui de la posses- 
sion de la source. On a fait depuis dans celte ville un puits, et 



— 46 — 
il > a de plus une vaste citerne dans la maison de Tedjini, qui 
est une sorte de citadelle fortement bâtie. Le monticule est 
dominé à portée de canon par des hauteurs. La fortification se 
compose : 1° des murs des jardins qui sont en terre avec tours 
et s'étendent à 300 mètres autour de la place; 2° des murs 
de la place qui sont solides, en bonne maçonnerie, générale- 
ment flanqués avec crénaux, de 2 mètres d'épaisseur dans 
le bas, et d'une hauteur de 10 à 12 mètres, sauf dans la 
partie Sud-Est, qui est inachevée; là, ils n'ont guère que 
5 mètres. Il n'y a pas de fossés. L'enceinte est entourée 
extérieurement de murs parallèles formant la clôture inté- 
rieure des jardins. Entre ces deux murs est un chemin étroit. 
L'enceinte est intérieurement disposée de plusieurs façons : 
dans quelques endroits les maisons y touchent ; dans d'autres 
endroits c'est un mur sans crénaux et sans banquettes pour 
les tireurs; généralement il y a un terre-plein formé par 
le sol même, qui s'élève de la circonférence au centre. Il 
y a deux entrées; celle où est la maison de Tedjini est très 
forte, les portes sont garnies en fer-blanc, donnent sur une 
place entourée de murs crénelés, avec d'autres portes pour 
pénétrer en ville. Les rues sont étroites; les maisons sont 
serrées et s'élèvent jusqu'au milieu de la ville comme le 
terrain; elles dominent au loin la campagne de leurs nom- 
breux crénaux. 

Pour des Arabes, celte place est presque imprenable, mais, 
pour nous, il en est autrement, parce que les fortifications 
offrent des défauts sensibles ; 1° de la hauteur dominante 
on peut enfiler une partie des murailles ; 2° les murs des 
jardins permettent d'arriver jusqu'à l'enceinte presque à 
couvert et de circuler à 2 mètres de celle-ci tout au tour 
presque sans crainte; 3° si l'on veut attaquer de vive force 
on peut combler avec des fascines l'intervalle de l'enciente 
au mur parallèle des jardins et faire ce travail presque sans 
perte; k° le point faible est la partie Sud-Est où les murs 



— 47 — 

inachevés n'ont que 5 mètres de hauteur ; 5° il y a en face 
de cette partie et à peu de distance une petite élévation de 
terrain , qui ferait, avec peu de travail, une batterie très 
efficace; 6° pour attacher le mineur, les deux murs con- 
centriques dont j'ai parlé, donneraient une grande facilité, 
attendu qu'il suffirait de faire de l'un à l'autre, au-dessus 
du sol, une galerie fermée à gauche, à droite et au-dessus. 
Le travail s'opérerait alors sûrement , commodément et 
promptement. 

D'après cela, si notre colonne eût voulu enlever de vive 
force Ain-Madhi, elle eût réuni des fascines, l'artillerie eût 
abattu les crénaux des ilanquements de la partie sud-est, 
choisie comme point d'attaque ; on eût occupé les jardins, 
pénétré jusqu'au mur qui enveloppe l'enceinte, jeté des fas- 
cines dans l'intervalle des deux et en deçà; l'assaut eût pu 
commencer alors. Si l'on veut ne pas courir les chances 
d'un assaut donné à un ennemi dans toute sa ligueur et 
au milieu de maisons défensives non ruinées, si une expé- 
dition a pour but la prise d'Aïn-Madhi, il faut 2 pièces de 
12, 2 mortiers de 8 pouces et beaucoup de poudre de mine. 
Le charroi ne présenterait pas de difficultés notables. Les 
pièces de 12 ruineraient les crénaux, surtout au flanque- 
ment, ainsi que les maisons voisines du point d'attaque. Les 
bombes seraient dirigées sur la maison de Tedjini et celles 
des principaux habitants. Le mineur serait attaché à la 
muraille et la ferait sauter, l'assaut serait donné : si la dé- 
fense était encore vigoureuse, la mine pourrait faire sauter 
successivement les maisons. Je crois qu'avec ces moyens la 
place serait prise avant huit jours. 

Tedjini avait la conscience de l'impossibilité de tenir con- 
tre nous si nous l'attaquions, car malgré ses craintes très 
grandes, il n'avait rassemblé aucune force ; probablement 
il voulait fuir si nous eussions été camper devant Ain MadhL 
On eut, en ville, un instant, une très grande frayeur, quand 



— 4S - 
on eut laisse entrer une douzaine d'officiers, autant de chas- 
seurs et quelques cavaliers du goum, pendant que 200 de ces 
derniers étaient devant la porte. M. le lieutenant-colonel 
de Saint-Arnaud m'écrivit alors pour me mander de 
suite l'accueil plein de soumission qu'on lui faisait ; il 
paraît que les habitants, voyant partir les courriers, crurent 
un instant à quelque trahison ; mais cette opinion ne fut 
pas admise par les chefs. 11 est certain que si les officiers 
et les chasseurs introduits eussent voulu faire entrer les 
cavaliers arabes restés en dehors, la ville n'eût pu faire la 
moindre résistance, et notre colonne arrivant aussitôt l'eût 
eu en sa possession sans difficulté. On peut dire que Tidjini 
s'est mis en ce moment à notre discrétion complète sous la 
garantie de notre honneur. Cette trahison, d'un effet imman- 
quable, eût été tout-à -fait dans les mœurs arabes, mais elle 
était bien loin de notre pensée, et s'il eût été convenable 
d'agir contre Tedjini, au lieu d'user des moyens contraires 
à la droiture nationale, nous eussions attaqué la place de 
vive force et ouvertement ; l'ordre en eût été reçu avec joie 
par nos braves soldats, qui eussent probablement réussi, car 
nos quatre bataillons étaient excellents et chacun eût mis 
son point d'honneur à vaincre en peu de jours une place qui 
était célèbre pour avoir résisté pendant neuf mois à Abd- 
el-Kader avec des troupes bien plus nombreuses que les nô- 
tres. La mauvaise foi et les procédés perfides mis en usage 
par Abd-el-Kader à Aïn-Madhi et à Laghouat, la méfiance 
que Tedjini lui montra avec raison, rendent remarquable la 
preuve de confiance que ce marabout adonnée en cette occa- 
sion à des chrétiens. C'est une précieuse indication de l'opi- 
nion du pays sur la loyauté de notre gouvernement et la 
sûreté des relations liées avec nous. 



— 49 — 



Abd-el-Kader paraît avoir été dirigé dans son essai d'orga- 
nisation de ce pays par les idées qui suivent : il s'y trouvait 
quatre puissances trop fortes pour être sûrement dominées 
par la faible portion de ses moyens qu'il pouvait appliquer 
à la localité, c'étaient : l°Àhmed-ben-Salem dont le parti était 
fort autant que dévoué et dont la famille était depuis long- 
temps habituée au commandement ; 2° Tedjini , marabout 
puissant, riche, chef d'un ordre très considérable et dont la 
famille avait plus de renommée que celle de l'Émir ; 3° Àïn- 
Madhi, place très forte pour le désert et que lebey d'Oran 
n'avait pu prendre ; 4° Laghouat célèbre par sa richesse, le 
nombre de ses combattants, ses murs, son influence locale ; 
son esprit turbulent et par les échecs qu'y avaient éprouvé 
plusieurs beys turcs. — Il devait détruire ou amoindrir nota- 
blement ces causes de résistance probable. — Il ^commença 
par se servir à cet effet du parti non à craindre de la 
famille du marabout El Hadj Aïssa, en nommant kalifa son 
chef El Hadj Larbi. — Il utilisa Tedjini qui se réunit à El- 
Hadj -Larbi pour combattre et chasser de Laghouat Ahmed- 
ben-Saiem et ses adhérents. — Cela fait, il s'attaqua à Tedjini 
et Aïn-Madhi. L'emploi de tous ses moyens militaires et poli- 
tiques amena, au bout de neuf mois, la destruction d'Aïn-Ma- 
dhi etl'éloignement de Tedjini très amoindri. — Il était par- 
venu a ramener sous sa main, à Laghouat, Ahmed-ben-Salem 
et ses adhérents. — Il avait remplacé le kalifa El Hadj Larbi, 
leur ennemi, par Abd-el-Baki, pour leur donner plus de con- 
fiance, et il avait choisi dans le Tell ce dernier afin que le sen- 
timent de la patrie ne fut pas un obstacle à ses desseins rigou- 
reux sur Laghouat. — Il ne restait plus qu'à s'emparer d'Ah- 
med-ben-Salem et de ses principaux partisans, puis à détruire 
Laghouat. Il voulut faire, d'un seul coup, ces deux graves 



— 50 — 

opérations. S'il eût réussi, probablement il eût éloigné Abd- 
el-Baki qui serait devenu très odieux ; il eût renommé kalifa 
El Hadj Larbi qui se fût installé à Aïn-Madhi démantelé; 
Laghouat, en partie relevée, fût devenue un ksar ordinaire. 
On ne peut nier qu'alors la domination de l'Émir eût été 
à peu près assurée. — Mais l'ordre qu'il donna n'était pas 
en barmonie avec les moyens et fut, de plus, maladroitement 
exécuté. La première partie du programme était à peine à 
moitié accomplie par l'arrestation de Ahmed-ben-Salem 
qu'un échec éclatant renversa le résultat de tant de travaux 
et de ruses ; ïedjini avait repris confiance, Ahmed-ben-Salem 
et Lagbouat avaient doublé de valeur par la victoire, la hai- 
ne, la prise d'un matériel important. Des quatre obstacles 
primitifs, les murs d' Aïn-Madhi seuls avaient disparu. L'Émir 
était amoindri par la défaite, l'odieux de la trahison et la 
crainte des Français; au coup vigoureux qui eût été né- 
cessaire, il ne put substituer que le renouvellement dune 
tentative fondée sur le parti de El Hadj Larbi, appuyée de 
peu de moyens et présentant seule quelques chances de succès 
mais des chances bien faibles. — Cette tentative échoua. — 
Ahmed-ben-Salem et Tedjini grandirent beaucoup. L'Émir, 
battu par les Français, dut se résigner à renoncer à toute 
action directe sur la confédération de Laghouat et à laisser 
accomplir la perte de son instrument, El Hadj Larbi. — Si 
Abd-el-Kader reprenait sa puissance primitive, il ferait pro- 
bablement peser sur Ahmed-ben-Salem, Tedjini, Laghouat 
et Aïn-Madhi relevés, un châtiment d'autant plus terrible 
qu'il serait exigé par la politique et la vengeance. 

Cet état de choses nous est très favorable. Notre position 
d'ailleurs vis-à-vis de ce pays est tout autre que celle de 
l'Émir, attendu qu'une colonne de 4,000 de nos soldats peut 
facilement prendre, détruire ou amoindrir Laghouat et Aïn- 
Madhi, que c'est reconnu de tous chefs de la localité, et que 
le parti le plus fort, celui d'Ahmed-ben-Salem, loin d'être 



— 51 — 

un obstacle pour nous, est un moyen aussi facile à utiliser 
que celui d'El Hadj Larbi Tétait pour Abd-el Kader. Les diffi- 
cultés qu'a éprouvées l'Émir, et la facilité de nos opérations 
sur ce pays, prouvent que chacun y avait le sentiment des 
exigeances politiques dan6 les deux cas. 



ORGANISATION 



WIM 



Le kalifa a été reconnu à Aouéta devant une réunion 
des officiers de la colonne et des chefs indigènes. Lecture 
a été faite de son brevet en français et en arabe et un coup 
de canon a été tiré. Yaya ben Salem, frère du kalifa est 
son agba à Laghouat, Diedid était et reste l'agha des Larbas. 

Tous les ksars sont de temps immémorial administrés par 
une Géma composée d'autant de membres qu'il y a de partis 
différents. Nous n'avons rien changé à cela, si ce n'est pour 
les deux ksars les plus importants, Ksir el Àïrane et] Tej- 
mout, à chacun desquels il a été nommé un hakem. 

Les Larbas sont divisés en trois fractions , nommées Ou- 
led-Salah , Marnera, Hadjadj. Chacune d'elles se divise en 
deux, dites : Cheragas et Gharabas (de l'Est et de l'Ouest), à 



— 53 — 

cause de la position du terrain où elles campent dans les en- 
virons de Laghouat. Les trois fractions de Cheragas et les 
trois de Gharabas se réunissent et forment deux groupes qui 
sont ennemis et se font très-souvent la guerre. En 1843 , les 
Cheragas seuls étaient venus dans le Tell du Tittery. Trois 
kaïds avaient été nommés ; ceux-ci s'étaient représentés à 
nous cette année, lors de l'expédition chez les Ouled-Naïls, et 
avaient été investis de nouveau. Ils voulaient administrer 
chacun , non-seulement sa fraction des Cheragas , mais en- 
core celle des Gharabas. Les trois chefs de ceux-ci récla- 
maient vivement pour qu'on ne les plaçât pas sous les ordres 
de leurs ennemis. Sur l'avis du kalifa , nous avons consacré 
les faits accomplis et laissé à chacun le commandement qu'il 
avait en réalité , de sorte que les Larbas eurent six kaïds. 
Les Ouled-Attala , Arazlias et Seïd-Atba reçurent aussi leurs 
kaïds. 

Les Beni-Mzab devaient envoyer des députés à Laghouat 
pour traiter de leurs affaires ; mais cela n'eut pas lieu. Le 
kalifa , à qui cette tribu est enlevée provisoirement de- 
manda que sa contribution, qui devait être de 40,000 boud- 
joux fût réduite à 37,000 , ce que je trouvai juste. 

Je crois que les Beni-Mzab forment une population diffi- 
cile qui ne se soumettra que par la force. Les propositions 
faites à Alger par leur amin , et tendant à faire régir ce pays 
par une réunion de délégués résidant à Alger me paraissent 
complètement inadmissibles. Comment cette géma forcerait- 
elle à obéir des populations indépendantes les unes des autres 
et toujours en guerre entre elles ? Le kalifa peut agir sur 
leur commerce ; il a déjà un parti dans le pays ; il est pro- 
blable qu'il réussirait à faire composer les Beni-Mzab. 

Le kalifa demande aussi le Ksar Tegerouna , qui est à 
sept lieues Est d'Aouéta ; il croit encore qu'il agirait sur 
les tribus El Médébié, El Mekhralif, Chahambas , qui se 
rattachent aux Béni Mzab et même sur les Ouled Sahihé, 

4 



— 54 — 

qui sont du côté de Tougourt ; il reconnaît qu'il ne peut 
rien sur les Troudes. 

Le kalifa a fait la répartition des 37,000 boudjoux entre 
les Ksars et les tribus. Les douars des Larbas étaient très 
éloignés, cependant en huit jours tout fut payé. L'argent 
étant très rare, suivant l'usage local, l'administration reçut 
des habillements, de l'argenterie, des bestiaux , des cha- 
meaux, des dattes, etc., le tout tarifé très haut par les Ara- 
bes, représenta 33,581 boudjoux, mais fut estimé 37,302 fr. 
par nous. Je ne crus pas devoir me montrer trop exigant, 
parce que j'avais peu de temps disponible, parce que toute 
cette population venant dans le Tell l'été, on était à même 
de lui imposer alors un heussa plus ou moins fort, selon 
ce qu'elle aurait déjà payé, parce que l'essentiel me parut 
être moins un paiement qu'une preuve de la soumission du 
pays ; enfin parce que l'attitude hostile du Maroc qui réa- 
gissait fortement sur ce pays, rendait plus méritoire la sou- 
mission et plus difficile la perception. 

Le kalifa Ahmet Ben Salem présente de grandes garan- 
ties pour nous. Tous ses Ksars sont à la discrétion de nos 
colonnes ; les populations qu'il régit viennent toutes les 
années dans le Tell : il est positivement ennemi d'Abd-el- 
Kader, dont il a tué un kalifa et chassé l'autre ; il a tenu 
malgré les événements de l'Ouest , les engagements pris 
quand rien ne faisait croire à la guerre avec le Maroc; on 
ne peut que se louer de lui ; il y aurait lieu de fortifier 
sa position et je croirais bon de lui accorer. 
L T n traitement de 18,000 fr. pour lui ; 

Idem de 2,500 pour chacun de ses deux agas ; 
L'inscription de 20 cavaliers et de 200 fantassins. 

Sileskalifas placés auprès de nos lignes ont eu des avan- 
tages analogues, on peut admettre que ces propositions ne 
sont pas exagérées à l'égard d'un fonctionnaire, qui doit 
se suffire à lui-même, qui peut jouer un rôle important et 



— 55 — 
qui deviendra le point de mire de tous nos ennemis de 
L'Ouest. 

On pourrait tirer parti du kalifa de trois façons : 

1° Pour soumettre tous les pays qui, au Sud ou à l'Ouest, 
sont indépendants ou hostiles; 

2° Pour attirer vers Alger le commerce de l'intérieur 
qui se dirige en grande partie vers Tunis et le Maroc ; 

3° Pour intimider les populations sur lesquelles s'appuie 
Abd-el-Kader et même pour combattre celui-ci. 

Je crois que Ben-Salem est le plus puissant des chefs à op- 
poser à l'Émir, et que, fortement organisé par nous, il l'atta- 
querait avec avantage, surtout avec l'appui de Tedjini, qui est 
très bien avec lui, hait l'Émir et favoriserait cette guerre de 
son influence religieuse. La force militaire actuelle de notre 
kalifa est de 12 à 1,500 fantassins, de 500 cavaliers et d'une 
pièce de canon. 

Quant au commerce de l'intérieur de l'Afrique, voici ce que 
nous en avons appris : 1° Laghouat et les Ksars voisins sont les 
entrepôts du commerce fait par les Larbas avec Tougourt, 
les Beni-Mzab et le Tell ; les Ouled-Naïl ont des Ksars dans 
le même but. Personne dans ces tribus ou Ksars ne commerce 
avec Tombouctou; 2° Les relations de ces environs avec Tom- 
bouctousont liées parles Ouled-Sidi-Chikh à l'Ouest, par les 
Chahambas à l'Est. Les premiers vendent ce qu'ils apportent 
au Maroc dans le Tell d'Oranet à Laghouat; les derniers ven- 
dent aux Beni-Mzab, dont ils font presque partie ; 3° on ra- 
mène de Tombouctou des esclaves, de la poudre d'or, de 
l'ivoire, des plumes d'autruche, du henné, etc. ; 4° les Beni- 
Mzab dirigent en grande partie ces marchandises sur Tunis, 
parce que leurs communications avec ce pays sont à peu près 
sûres ; 5° Laghouat sert de point de communication entre le 
Maroc et Tunis pour les caravanes des marchands et pèlerins 
comme étant à la limite du grand désert ; 6° les Chahambas 
s'organisent de plus chaque hiver en troupes montées sur des 



— 56 — 

méharis pour aller faire, de concert avec les tribus intermé- 
diaires, des razias dans le sud et en ramener des esclaves noirs; 
7° on peut estimer de 15,000 à 20,000 le nombre des cha- 
meaux sur lesquels les tribus du sud, qui viennent l'été vers le 
Tell, apportent les denrées du sud et emportent celles du Tell; 
8° les prix des marchandises dans le Tell, à Tougourt et chez 
les Beni-Mzab varient ordinairement dans le rapport de un à 
deux, de sorte que le même capital se quadruple dans Tannée 
par les deux ventes qui se font à l'est et à l'ouest. Le marché or- 
dinaire des Beni-Mzab avec les Larbas est celui-ci : Le Beni- 
Mzab fournit les marchandises, le Larba les transporte sur ses 
chameaux et prend la moitié des bénéfices. 

YoicipourlSkS et 1844 les prix courants desdifférens marchés. 



MARCHANDISES. 


PRIX EN BOUDJOUX. 




_, , 


~" 


A 


Chez les 


Dans 


ANNEES. 


RATURE. 


UNITE. 


TOUGOUHT, 


BENI-MZAB. 


LE TELL. 




Dattes. 


Le sac. 


4 


15 


20 




Habillement. 


Un haïk. 


5 


5 


6 




Orge. 
Blé. 


Le sa A. 
Id. 


12 
18 


24 

3« 


8 
12 


> en 18 45. 


Poudre d'or. 


Metkal. 


» 


7 


9 




Souliers. 


La paire. 


' 


1 


2 




Dattes. 


Le sac. 


, 


14 


20 




Habillements. 


Un haïk. 


4 


4 i[2 


9 




Orge. 


Le saâ. 


O 


12 


4 




blé. 


Id. 


18 


18 


8 


> en 1844. 


Esclaves. 


Une belle négresse. 


» 


100 


300 | 




Plumes d'autruche 


Une peau complète 


10 


8 


23 ' 




Poudre de guerre. 


La livre. 


" 


5 


4 





Si Laghouat était fortement organisé et avait sous sa 
dépendance les Beni-Mzab et les Ouled-Sidi-Chikh , il 
pourrait ramener vers Alger une grande partie du com- 
merce de l'intérieur. Il est à remarquer que c'est le point 
du grand désert le plus voisin d'Alger. 

Il semble donc qu'il y aurait un grand intérêt à orga- 
niser fortement Laghouat : 1° pour en faire un centre d'ac- 



- 57 — ■ 

tion militaire, administratif, politique et commercial; 
2° pour couper toute communication entre l'ouest et Test 
de l'Algérie, sans notre concours ; 3° pour placer la par- 
tie la plus hostile de l'Algérie , les tribus du sud-ouest, 
entre un kalifa puissant et la division d'Oran, 

Dans l'état actuel des choses, les communications de La- 
ghouat à Alger sont difficiles et peu sûres ; il serait peut- 
être utile qu'elles fussent en entier sous l'autorité du chef 
de Médéah, en mettant sous son commandement au moins 
la partie est du Gebel- Amour. 

La position du kalifa doit dépendre du but qu'on se pro- 
posera. Si l'on ne veut que régir le pays qu'il a, les pro- 
positions faites suffisent ; si l'on veut amener le commerce 
de l'intérieur à Alger, il faut lui donner les Beni-Mzab, 
et peut-être les Ouled-Sidi-Chikh au sud, puis au nord la 
partie est du Gebel-Amour pour assurer ses communica- 
tions avec nous. Si l'on veut en faire l'antagoniste d'Abd- 
El-Kader ; il y aurait lieu de donner une nouvelle addi- 
tion de force à ses moyens d'actions ; dans ce dernier cas 
il conviendrait d'avoir entre Laghouat et Boghar un poste, 
qui ne pourrait être mieux placé qu'à Souagui, à 20 lieues 
au sud de Boghar. Ce lieu, non-seulement est le plus beau 
de tout le désert, mais serait très recherché dans tout pays; 
il y a des eaux abondantes venant de sources élevées et 
qui fournissent des irrigations déjà toutes faites sur un ter- 
rain très considérable ; on y recueillerait une quantité im- 
mense de céréales ; les fourrages y sont en quantités énormes 
et de la meilleure qualité. Le pays paraît sain. Si un 
poste y était établi , inévitablement les Ksars détruits se 
relèveraient et il y aurait là un très grand centre de po- 
pulation. On réagirait ainsi sur tout le sud, l'est et l'ouest. 

Quand je partis il restait encore à payer par les divers 
Ksars et tribus 3,419 boudjoux, c'était à peu près le dixième 
des 33,581 boudjoux payés; il fut convenu que le kalifa les 



— 58 — 
ferait percevoir et que cette somme serait partagée entre les 
chefs, ainsi que cela se pratique dans le Tell, à titre de leur 
âchour et comme salaire de leurs services. 

La somme de 1,000 boudjoux provenant des blés de Bou- 
drine sera payée ultérieurement et en dehors de ces comptes. 

La contribution totale que préleva l'Émir sur le kalifalik de 
Laghouat , lors du siège d 1 Aïn-Madhi , fut fixée à 30,000 
boudjoux y compris les 11,000 qu'il extorqua à Aïn-Madhi. 
Elle fut payée aussi non en argent mais, selon l'usage, en bur- 
nous, haïks, argenterie, etc. 

Ces populations reconnaissaient du temps des Turcs, trois 
impositions envers les maîtres du Tell : 1° les Ksars seuls 
payaient une légère redevance annuelle ; 2° chaque population 
qui venait dans le Tell payait un heussa variable, mais tou- 
jours considérable; l'ensemble s'élevait de 30,000 à 60,000 
boudjoux ; 3° des contributions particulières étaient pré- 
levées par les colonnes qui venaient dans le pays ; elles 
s'appelaient Difa et variaient avec la force de la troupe et les 
circonstances du moment : les 33,581 boudjoux, qui nous ont 
été remis, sont notre Difa, mais ne peuvent pas servir de base 
pour l'imposition annuelle ; celle-ci d'après l'avis du kalifa 
pourrait être réglée ainsi provisoirement : 



KSARS. 



TU IBIS 



Tejmout. 

Aoucta, 

Assafia. 

Ksir-el-Aïran. 

Laghouat. 

Aïn-Madhi. 



400 boudjoux. 
300 — 
300 — 
500 — 
1000 — 
500 — 



2000 
2000 



; Marnera. 

LLarbas Ouled-Sala 
) El-Hadj-Hadj. 1200 

^Ouled-Sidi-Attala. 1000 

iArazlias. 1500 

1 Scïd-Atbas. 1000 



11,700 boudj. 



QUESTION DES CHAMEAUX. 



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Peu après mon arrivée à Médéah je fus chargé d'organiser 
une colonne montée sur des mulets, à l'instar de celle qu'avait 
dirigée M. le colonel Yusuf. Je fus frappé de l'inconvénient 
de l'emploi des mulets dans le désert pour une expédition 
de trente jours, car la simple ration d'orge à k kilos cons- 
tituait pour chaque mulet un charge de 120 kilos, qui le ren- 
dait impropre à rien porter d'ailleurs. Je pensai que le cha- 
meau était préférable. Dès qu'on devait opérer souvent dans 
le désert, la bête de somme du désert devait être utilisée, 
parce qu'elle n'a pas besoin d'orge, parce que l'herbe du désert 
lui suffit , parce qu'elle peut se passer long-temps d'eau, parce 
que le prix en est le quart de celui du mulet et parce que 
les mulets commencent à devenir rares, tandis qu'il y a un 



— 60 — 

nombre immense de chameaux. Je fus autorisé à tenter des 
essais ; on pouvait désirer se servir du chameau comme bête 
de somme, ou pour transporter rapidement de l'infanterie ; 
mais la base indispensable était de connaître le chameau, ses 
mœurs, son hygiène, la manière de le bâter, de le charger , 
etc. C'était par là qu'il fallait commencer, d'autant plus» que 
ces essais devaient coûter assez cher et qu'il fallait mettre ce 
service à même de se défrayer lui-même par la seule ressource 
du prix des transports. Par suite, une seule des deux quV\s-» 
lions, celle des transports, a été résolue; l'autre reste en-i 
lière. 

Dans cette expédition , où nous avions 277 chameaux ap- 
partenant à l'État et conduits par des soldats d'infanterie , 
les résultats obtenus en faits acquits sont ceux-ci : 

1° Nos chameaux était mieux chargés et en meilleur état 
que ceux des Arabes. 

2° Notre équipage a perdu moins de chameaux que la ré- 
quisition (2 seulement). 

3° Chaque chameau requis étant payé 3 fr. 50 par jour , a 
coûté à l'État un loyer représentant une fois et demi sa va- 
leur. Chacun de nos chameaux a donc économisé à l'État une 
fois et demi sa valeur. 

4° Le convoi de chameaux dans la marche habituelle a une 
allure moins vive que celle de l'infanterie , parce que ces ani- 
maux mangent en chemin ; mais comme ils ne font pas de 
halte, ils arrivent aussitôt qu'elle à l'étape. Si l'on veut presser 
le chameau et ne pas le laisser manger en route, il fait, dans 
le même temps , un tiers de chemin de plus que l'infanterie. 

5° On peut compter sur notre équipage dans son état actuel 
pour tout service de transport. 

6° Pour qu'il n'y ait pas de retard au départ le matin, il faut 
un homme pour charger deux chameaux ; mais un homme 
suffit pour conduire une douzaine de chameaux. Par suite , 
presque tous les soldats de l'équipage formèrent une troupe 



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sans sac marchant en dehors du convoi et le protégeant. Cet 
avantage est très-précieux. 

7° Il est très-facile de se tenir sur le chameau. Ceux qui 
étaient déchargés servaient à monter les soldats fatigués ; il 
y a eu ainsi jusqu'à 60 soldats montés qui s'en trouvaient 
bien. 

8° Le chameau ne donne à celui qui le monte ni nausées, 
ni le mal de mer. 



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MÉHARI. 



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J'avais beaucoup entendu parler des méharis du Grand- 
Désert. Ils font, dit-on, 50, 60 et même 100 lieues en un 
jour. 11 était intéressant de s'en procurer , non-seulement 
comme animal curieux à connaître , mais encore pour l'uti- 
liser par des courriers. Nous en avons reçu trois , du kalifa, 
des Larbas etdesOuled-Naïl. Les Larbas , cet hiver , en ont 
pris 17 à un parti de Troudes , qui ayant pillé un de leurs 
douars , fut poursuivi , atteint et détruit. Le méhari n'est 
peut-être pas un animal à part : il paraît être au chameau or- 
dinaire ce qu'un cheval de course est à un cheval de trait. 
Sa bosse est très-exigiïe et dépourvue de graisse. 11 montre 
plus de vigueur et de vivacité que les autres ; son allure ha- 
bituelle est le trot : il peut le tenir pendant un jour entier ; 



— 63 — 

ce trot est comme le grand trot d'un bon cheval; quand le 
terrain n'est pas net , le méhari ne trotte pas bien. 

Le méhari des Ouled-Naïl avait été acheté chez les Chaha- 
mebas ; il était garni de la bride , qui agit sur une narine 
et sur le chanfrin ; puis , de la selle qui se pose en avant de 
la bosse sur le garrot ; l'homme s'y assied et ses jambes s'ap- 
puient sur le col de l'animal (Ci-joint deux dessins de cet 
animal). 



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KÉSU1E 



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En résumé : 

1° Notre colonne a fait l'expédition de Laghouat sans au- 
cune perte en hommes , chevaux , ni mulets , sans avoir plus 
de malades qu'en garnison , quoique , dans le trajet de 170 
lieues qu'elle a parcourues en trente-deux jours , elle ait eu 
à lutter contre la pluie , le froid , les chaleurs , les sables , 
la soif et les mauvaises eaux ; elle a laissé dans tout le pays une 
impression très favorable; sa discipline a été exemplaire; tous 
les courriers d'Alger sont arrivés ; hommes et animaux sont 
arrivés en bon état à Tiaret. 

2° Le pays a été organisé; l'administration y fonctionne 
bien; la preuve en est dans l'impôt recueilli en huit jours, 
malgré la guerre du Maroc. 



— 65 — 

3° L'opération faite permet, ou de régir simplement le pays 
soumis, ou d'en faire un centre d'action pour attirer à Alger 
le commerce de l'intérieur, ou encore de combattre Abd-el- 
Kader et les tribus voisines du Maroc. 

k° Le kalifa a tenu ses engagements; il n'a pas été tiré un 
seul coup de fusil contre nous; ses populations ont montré la 
plus grande soumission, quoique la guerre, que nous décla- 
rait le Maroc, ait dû avoir une influence très contraire à nos 
intérêts ; c'est un homme très puissant par lui-même, d'une 
origine très ancienne, jouissant d'une haute considération , 
très capable, tenant à sa parole et qui pourra être très utile : 
il offre comme garanties ses ksars que nous pouvons ruiner, 
la nécessité de venir dans le Tell et les affronts graves qu'il a 
faits à Abd-el-Kader. 

5° Il me paraît utile de lui donner un traitement et une 
troupe indigène soldée. 

6° Si l'on veut placer un poste entre le grand désert et Bo- 
ghar, Souagui est le lieu le plus convenable. Ce poste serait 
avantageux à toutes nos tribus du désert, qui prospéreraient 
sous sa protection. 

7° Notre équipage de dromadaires a complètement et notoi- 
rement réussi dans cette course. Il a mieux fait le service que 
la réquisition. Ses chameaux étaient en meilleur état. Il peut 
dès à présent assurer un service de transport. 

8° Ce qui m'a paru remarquable dans cette opération, dont 
le siège était si loin de nos postes, est d'abord la crainte im- 
primée par nos troupes, ensuite la confiance qu'inspiraient 
notre discipline et notre parole, enfin et surtout la conviction 
générale de notre supériorité, de la sagesse de notre admi- 
nistration et de l'avantage qu'il y avait à se rallier à nous. 
Ces sentiments résultaient de la manière adoptée dans les 
derniers temps pour faire la guerre, de la prospérité des tribus, 
qui se sont successivement soumises à nous et des désordres 
patents qui régnent chez les populations encore hostiles. Cet 



— M — 

état de l'opinion publique a fait notre force et devra nous 
donner de grands résultats ultérieurs. 

Je ne terminerai pas sans exprimer combien j'ai eu lieu 
d'être satisfait de toutes les troupes sous mes ordres; tous 
ces corps, déjà anciens en Afrique, avaient la conscience de la 
puissance militaire résidant en leur expérience et leur valeur 
éprouvée. Mais le même sentiment du bien du service, qui 
eut fait briller leur ardeur, s'il eût fallu combattre, les a fait 
se résigner à ne lutter que contre les difficultés des marches 
et du climat. Si l'ordre et la discipline ont évité toutes pertes 
et maintenu la colonne presqu'en aussi bon état au retour 
qu'au départ, je ne puis l'attribuer qu'au concours zélé , 
ferme et éclairé, que j'ai trouvé chez tous les officiers et prin- 
cipalement chez les chefs de corps et de service. 

Tiaret, 20 juin 1844. 
Le Général commandant la subdivision de Médéah, 

MAREY. 



PRÉDICTIONS FAITES IL Y A CENT TRENTE ANS , 



PAR IiE MARABOUT DE LAGHOI7AT El HADJ AISSA 



r*M 



Ces passages sont extraits du livre en vers qu'il a laissé. 

PREMIER PASSAGE. 

Préparez pour les Chrétiens leur repas du matin et leur repas du 
soir. 

Car, je le jure par le péché, ils viennent à Oued-el-Heumar. 

La joie brille dans les yeux de leurs femmes. 

Leurs soldats allument leurs feux sur nos rochers. 

Us retournent ensuite dans leur magniliquc cité, dans leurs demeu- 
res brillantes. 

La verte Tunis verra de son côté les enfants de l'Espagne. 

Levez-vous, et voyez dans un nuage de poussière briller mille éten- 
dards. 

Ce sont les Chrétiens sortis d'Alger, et qui se dirigent sur l'Oued-el- 
Heumar. 

Vous, qui entendez mes paroles, ne dites pas : 

Nous ne sommes pas près de voir ces choses. 

Car je les ai vues. Je les vois de mes deux yeux. 



— 68 — 

Alger devient la plus magnifique des cités; 

Elle rejette de son sein les fidèles; 

Et se remplit de Chrétiens, qui viennent en foule de l'autre côté, de 
la mer. 

Malheur à celte magnifique Cité! Alger se remplit de Chrétiens. 

Les Mosquées des Musulmans sont abandonnées pour les Temples des 
infidèles. 

Le sommeil du Turc a été troublé. 

lia été vaincu. Son règne est passé. 

Il a comblé la mesure de ses injustices. 

Rien ne résiste à la puissance de Dieu. 

Alger était défendue par de braves guerriers. 

La puissance des Turcs semblait augmenter avec leurs crimes. 

Ils étaient adonnés à tous les vices. 

Ils abusaient des hommes, des femmes et du vin. 

Us oubliaient leur croyance, et négligeaient tous leurs devoirs. 

Une armée de Chrétiens protégés de Dieu s'avance vers nous. 

Us sont partout vainqueurs, rien ne peut les arrêter un instant. 

Les Turcs sont humiliés. Leurs fautes les ont précipités dans l'abîme. 

Leurs femmes mêmes sont abandonnées sans protection. 

La puissance des Chrétiens n'aura pas de limites. 

Alger, la superbe Alger, a été pendant près de 300 ans soumise à la 
tyrannie des Turcs. 

La puissance des Turcs s'étendait à une année de marche. 

Leur renommée s'était répandue dans tous les empires au-delà des 
mers. 

Alger, mettant sa confiance en Dieu, attendait un meilleur avenir. 



DEUXIEME PASSAGE. 

Tout ce qui arrivera est écrit. 

Quand tu verras approcher le jour du jugement, sois sans crainte. 

Ne demande pas ce que fera Dieu. Tu ne dois pas le savoir. 

L'ange Tedzel viendra , n'en doute pas. 

Il viendra après avoir franchi l'immensité de l'espace. 

Toutes les oreilles entendront ses paroles. 

Le Soleil se lèvera du côté du Couchant. 

La porte du Bien sera fermée, le Mal seul se répandra. 

Le règne des Turcs est passé. 



— 69 — 

A Alger il ne reste plus de Croyans. 

Malheur à son beau port ! 

Malheur à ses murailles! 

Malheur à la glorieuse Cité ! Malheur à ses mailres l 

C'est aujourd'hui comme s'ils ne l'avaient jamais possédée. 

Tu es devenue la demeure des Chrétiens. 

Us ont chassé la Religion et ses défenseurs. 

Us ontdélruit (es maisons, tes bains, tes jardins. 

C'est en vain qu'autrefois tes vaisseaux couvraient les mers. 

Malheur à tes braves corsaires qui faisaient fuir devant eux les enfans 
de l'Espagne. 

Chacun d'eux ramenait au port un vaisseau chargé d'esclaves. 

Et un autre vaisseau chargé de grands, faits prisonniers. 

Telle est la volonté de Dieu , louange à Dieu ! Ce qu'il fait est en de- 
hors de nous. 

TROISIÈME passage 

Une armée innombrable arrive. 
Le Français et l'Espagnol traversent la mer. 
Malheur aux Turcs! Leur gloire est obscurcie. 
Ils étaient souverains du monde, 
Mais, n'en doutez pas, les Chrétiens arrivent. 
A l'aspect de leurs mille étendards, 
Alger deviendra déserte. 

L'armée des Chrétiens grossira , et rien ne lui résistera. 
Les Mosquées seront abandonnées. 
La paix règne dans le pays des Chrétiens. 
Ils ne sont plus inquiétés. Us n'ont plus à craindre les corsaires, 
Qui répandaient la terreur chez eux , 

Qui fondaient sur leurs pays et revenaient en ramenant leurs filles en 
esclavage. 
Car les capitaines de ces corsaires étaient braves, • 

Tout ce qui arrive à Alger, arrive parla volonté de Dieu. 



QUATRIÈME PASSAGE. 

Alger tombe au pouvoir des Chrétiens. 
Dieu n'a pas permis que son empire durai. 



— 70 — 
La religion des fidèles est morte à Alger , 
A Alger, qui jusque là était l'obstacle où s'arrêtaient les efforts des 

ennemis. 
Mes yeux ont vu. J'atleste ce qu'ont vu mes yeux. 
La France vient faire la récolte dans nos champs. 
L'armée des Chrétiens s'avance avec de grandes forces , 
Pour chasser les habitants d'Alger. 
Ils entrent par force. Les riches sont dépouillés. 
Les Turcs ont perdu leur puissance. 
A Alger on adore les idoles, 
Après avoir adoré le livre et la vraie religion. 

Telle est la volonté de Dieu ! Louange à lui ! Ce qu'il fait est au-dessus 
de notre portée. 
Dieu a tout fait lui seul. Personne ne l'a aidé. 
A l'homme il n'appartient que de le louer. 
Les conseils de Dieu sont inébranlables, comme les montagnes. 
Seul il a la puissance sur tous les hommes , et sa puissance est juste. 
11 n'a pas de Ministres, il n'a pas d'associés. 






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division D'ALGER. 

SUBDIVISION DE MÉDÉAH, 

EXPÉDITION DE LAGHOIAT. 



TABLEAU 

Extrait des Renseignements Topographiques de M. le capitaine d'État-Major Du Pin, sur le pays parcouru. 



BIVOUACS. 



Boghar. 
Oued Moudjelii 
0. Nahar ouoss 

Beltine. 

Kouïba. 

Taguin. 

MactaSidiBouzied 
Kourfa. 
Debdeda. 

Tejmout. 

Ain Madhi. 

Ksar Aouél; 

Sidi Recheg 

Lasdlulla!. 



Laghoual. 
Tejmout. 

Zicrck. 

M'gala. 
M'Iiraula. 

Taguin. 
Magronalc. 
Goudjila. 

Dzarrel. 



O. Chaib. 

0. Chaib. 
Gebel Amour. 
Gebel Amour. 
Gebel Amour. 



Larba. 
Gebel Amour. 
Gebel Amour. 
0. Chaib. 
0. Chaib. 
0. KhrelefT. 
0. Khreleff. 
0. Khreleff. 
0. Arars. 
0. Arars. 



Abondante. 

Id. 

Très rare. 

Abondante. 

Rare. 

Abondante. 
Id. 
Rare. 



Id. 

Abondante 
Id. 



Id. 



Abondante. 

Id. 
Suffisante. 
Abondante. 
Id. 
Id. 
Rare. 

Id. 



AliMinl.mlr. 
Id. 
Id. 
Id. 
Id. 



Bonne. 

Assez bonne. 

Saumàtre. 

Vaseuse. 

Id. 

Bonne. 
Assez bonne. 
Marécageuse. 
Mar.plei.de sangs, 
Ferrugineuse, lé- 
gèrement saum, 
Bonne. 

Très-bonne. 

Bonne. 

Id. 



Sources. 

0. Moudjelin. 

0. Naharouossel. 

0. Taguin. 

Id. 

RasetAïnM'taTag 

0. el Beida. 
Fl.d.lelitdel'o.B. 

Sources d'un mar. 



Médiocre 



Marres dans le lit 
'ouedMzi. 
e dans le lit 
ouedBoudril. 



Id. 
O. Ziorek. 
O. cl Beida. 

Id. 

O. Taguin. 

Marre. 

Fontaine. 

Ain Tzarrcl. 

Sources. 



Id. lentisque 

Néant. 
I.entisque. 
Genévrier. 

Guettaff. 

Tamaris. 

Id. 



Arbustes. 

Tamaris. 
Id. 

Id. 

Arbustes. 

Tamaris. 

Id. 

Taga. 

I.entisque. 

Néant. 

I.eiiiisqiir. 

Taga. 

Néant. 

uya chêne vc 



Considérable. 

Rare. 

Très-rare. 

Considérable. 

Suffisante. 



Rare. 

Néant. 



Presqu 
Suffi! 



Id. 

Presque nulle 

Rare. 

Suffisante. 

Abondante 

Id. 

Néant. 

Rare. 

Abondante. 



Id. 
Id. 
Id. 
Id. 

Orge des marais 

Orge sauvage. 

Médiocre alfa. 

Bonne. 

Alfa , herbe c 

mauvais goût. 

Bonne. 



Médio, 
Bonn 



Très abondante. 

Abondante. 

Très rare. 

Très abondante. 



Très rare à plus 

5liil.de la vill 

Abondante. 

Suffisante. 



Très rare. 

Abondante. 

Néant. 

Très abondant 

Abondante. 

Id. 

Id. 

Suffisante. 

Abondante. 

Id. 



Ferme. 

Marécageuse. 

Ferme et sablon. 



Ferme. 

Sablonneuse. 

Ferme. 

Id. 



OBSERVATIONS 

Météorologique: 



Vents violents 



CHEMIN D'UN BIVOUAC AU SUIVANT. 



DISTANCES 

en mètres 
d'un bivouac 



30,000 
20,000 
■27,000 
18,000 



28,000 
18,000 

20,000 

24,000 
21,000 



38,000 m. 
21,000 m. 

20,000 III. 



IlliSSo! Kl. I.S POUR LA GRAND'HALTE. 



DISTANCE 

du point 

île départ. 



30,000 l 
15,000 ] 



10,000 m. 
46,000 ni. 



Rang el Dieb. 
Ozierelc. 



Becheg. 
Deb-Deba. 

Kourfa. 

O. el Beida. 

id. 



Néant. 

Almiiilanl 



Suffisant. 
Lenlisque. 
Néant. 
Néant. 
Néant. 

Lenlisque. 



Néant. 
Barc. 



A hululant. 
Suffisant. 
\liiuiil.ini. 



PARTICULARITÉS 




Lttt:Iftififf>eàAlpr. 



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DT Karey Konge, Guillaume 

294 Stanislas 

M3é Expédition de Laghouat